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Le CEFEO contre les déserteur Japonais

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Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par Admin le Dim 28 Mar - 7:32

Très longue mais surtout très intéréssente étude On aurait tout à fait tort de croire que les simples soldats japonais qui sont passés du côté du Viet-Minh (ou des indépendantistes indonésiens) l’ont tous fait pour des motivations « pro-asiatiques » ou « anti-occidentales ». Celles-ci comptaient, nous le verrons, mais très souvent ils partaient parce qu’ils avaient tout simplement peur d’être arrêtés par les alliés, jugés comme des criminels de guerre et exécutés. Ce fut surtout le cas dans l’Indochine du Sud, où la réoccupation rapide par les troupes anglo-indiennes, suivies par les divisions du général Leclerc, ne laissait que peu de temps pour y réfléchir

Le rôle des Asiatiques dans la guerre franco-vietnamienne pour le Vietnam a été souvent négligé. Si la présence japonaise en Indochine entre 1940 et 1945 est bien connue, on oublie que la défaite japonaise en août 1945 ne mit pas forcément fin à cette présence japonaise, au Vietnam en particulier. Suite à la capitulation, des centaines d’hommes, de simples soldats ainsi qu’une poignée d’officiers sont passés dans les rangs du Viet-Minh. Leurs motivations furent très diverses, aussi bien que leurs contributions. Cet article examine les apports techniques, économiques et militaires des déserteurs japonais passés au Viet-Minh durant les premières années de la guerre franco-vietnamienne. Vu la fragilité de l’armée vietnamienne, la République démocratique du Vietnam utilisa ces apports étrangers pour, d’une part, compenser la faiblesse de ses moyens militaires et, d’autre part, faire face à la supériorité militaire de son adversaire. En intégrant des recrues japonaises, le nouvel État vietnamien tentait de combler le fossé technique et militaire qui séparait son armée de l’armée française. L’histoire de ces transfuges japonais nous aide à mieux comprendre les divers rôles joués par des acteurs asiatiques dans un conflit qui s’étendait bien au-delà du Vietnam, voire même de l’Indochine.

dans un article de Christopher E. Goscha « Alliés tardifs : les apports techniques des déserteurs japonais au Viet-Minh durant les premières années de la guerre franco-vietnamienne », Guerres mondiales et conflits contemporains 2/2001 (n° 202-203), p. 81-109.en voici le récit :


Parler du rôle des Japonais dans la première guerre d’Indochine pourrait paraître quelque peu étrange à ceux qui sont traditionnellement habitués à ne voir que les deux acteurs principaux du conflit, à savoir : la France et la République démocratique du Vietnam (RDVN). En effet, lorsqu’elle s’intéresse aux activités japonaises, l’historiographie consacrée à cette guerre, tant occidentale que vietnamienne, se focalise tout naturellement sur le coup de force du 9 mars 1945 par lequel, on le sait, les Japonais renversèrent les Français en Indochine. Cet événement, ainsi que la reddition japonaise qui suivit quelques mois plus tard, et la vague de mécontentement populaire soulevée par la famine permirent au Viet-Minh de prendre le pouvoir pendant la « Révolution d’Août » de 1945 (Cach Mang Thang Tam).
Or, aussi paradoxal que cela puisse sembler, la présence militaire japonaise en Indochine ne disparaît pas entièrement avec la défaite de Tokyo par les Alliés ce même mois. C’est parce que plusieurs milliers de soldats japonais refusèrent de se rendre à la fin de la guerre du Pacifique. Ils désertèrent un peu partout dans les territoires qu’ils avaient occupés pendant le conflit – c’est-à-dire en Birmanie, en Indonésie, en Malaisie, en Thaïlande, et dans les pays de l’Indochine. Même en Chine, certains s’enrôlèrent dans les troupes de Mao Zedong ou dans celles de son adversaire, Chiang Kaishek D’autres ont tout simplement disparu, comme Shoichi Yokoi qui resta caché près de vingt-sept ans dans la jungle de Guam. Il ne retourna pas au Japon avant 1972 où il devait décéder en septembre 1997
Il n’y eut pas que ces îles perdues du Pacifique pour abriter des déserteurs. Le Vietnam en dénombrait aussi environ 5 000 au lendemain de la guerre. Parmi ces déserteurs, beaucoup intégrèrent les rangs du Viet-Minh, jouant un rôle parfois important dans des écoles vietnamiennes d’officiers, des unités de combats d’élite ou différentes sections spécialisées dans les explosifs et l’équipement pharmaceutique. Ces hommes étaient opérationnels surtout en tant que conseillers (co van) et guerriers très expérimentés, maîtrisant aussi bien l’art de la guerre qu’un savoir-faire technique très utile dans ses applications scientifiques et financières pour l’État de la RDVN au début de la guerre.

L’utilisation vietnamienne de ces « étrangers asiatiques » dans leur guerre n’a rien de surprenant. Le phénomène est d’ailleurs bien connu des historiens travaillant sur l’Asie du Sud-Est et l’Europe. Pour la péninsule indochinoise, il suffit de penser au cadre régional dans lequel s’inscrivaient les guerres civiles au Vietnam dès le XVIe siècle. Dans les armées rivales des seigneurs vietnamiens du Tonkin et de la Cochinchine, quelques marchands et des pirates japonais servaient déjà en tant que soldats, instructeurs et
ravitailleurs.Très disciplinés et versés dans les techniques les plus modernes de la guerre à l’époque, les guerriers errants (ronin) du célèbre samurai Yamada Nagamsa finirent même par diriger brièvement l’armée siamoise au XVIIe siècle Pour l’histoire occidentale, il suffit de citer le cas fameux des « Gardes suisses » ou encore celui des « Bataillons de déserteurs » (Freibataillonen französischen Deserteuren) incorporés par Frédérick II dans son armée prussienne au XVIIIe siècle pour relativiser l’expérience vietnamienne. Ces derniers étaient composés de soldats défaits de l’armée saxonne et de prisonniers français des campagnes de 1756-1757. On peut noter également le cas de la « Légion étrangère » française, créée en 1831 pour canaliser l’important nombre de réfugiés militaires et politiques résidant sur le territoire à l’époque. Elle comprenait 35 000 hommes en 1952, précisément quand ses troupes furent fortement engagées dans la guerre contre le Viet-Minh . S’il serait assurément exagéré de parler à propos des Japonais déserteurs de la Seconde Guerre d’une « Légion étrangère asiatique », ces exemples doivent nous rappeler que l’emploi de troupes étrangères dans la guerre par des États locaux s’apparente à un processus sociohistorique plus large, à la fois dans le temps et dans l’espace, que sa séquence uniquement vietnamienne.
Malgré tout, pour les historiens étudiant « la première guerre d’Indochine », le sujet reste explosif, sinon tabou. Pendant le conflit, la propagande française dénonça la présence de déserteurs japonais dans l’armée Viet-Minh pour mieux discréditer la résistance vietnamienne aux yeux des éventuels soutiens régionaux et internationaux. De leurs côtés, les leaders vietnamiens niaient tout court cet apport japonais. Quant aux historiens nationalistes du Vietnam actuel, ils minimisèrent depuis la fin de la guerre la contribution de ces étrangers à leur résistance pour préférer écrire les pages héroïques de la « Glorieuse victoire vietnamienne » sur les « envahisseurs étrangers ». Finalement, les historiographies vietnamienne, française et particulièrement américaine ne conceptualisent que rarement cette guerre en dehors de leurs propres perspectives idéologiques et nationalistes, forcément limitées au « Vietnam », à « l’Indochine française » ou à ce « pourquoi » de « la guerre américaine »
En abordant ici ce sujet délicat, notre but est de détourner notre étude des anciennes orientations plutôt politiques pour traiter plus concrètement des contributions militaires, techniques et économiques des Japonais au service de la RDVN. Pour prolonger les propos cités plus haut de Corvisier, cet article argumentera qu’il n’y a rien de choquant à trouver des soldats japonais passés au Viet-Minh durant la guerre contre les Français. Compte tenu de la fragilité de l’armée vietnamienne dans les premiers jours de la guerre, la RDVN utilisa ces apports étrangers pour augmenter ses possibilités de faire face, d’une part, à la faiblesse de ses moyens militaires au début des hostilités et, d’autre part, à la supériorité technique et militaire de son adversaire. En s’incorporant des recrues japonais, la RDVN tentait de combler le fossé technique et militaire qui séparait son armée de l’armée française. Ces déserteurs japonais nous offrent également une chance unique d’explorer les zones grises de l’histoire géo-sociale des guerres pour le Vietnam et nous aident à mieux comprendre l’implication d’acteurs asiatiques variés dans un conflit qui s’étendait bien au-delà du Vietnam, voire même de l’Indochine.

Nous ouvrons notre récit avec un bref rappel sur la prise de pouvoir du Viet-Minh en août 1945, tout en insistant sur les différentes situations politico-stratégiques que l’on pouvait alors rencontrer au nord et au sud du Vietnam. Cette distinction nous permettra de mieux comprendre les contextes géopolitiques très contrastés rencontrés par ces « alliés tardifs » dans leur trajet vers la RDVN. Dans une deuxième partie, nous essayons de donner une idée plus précise du nombre de déserteurs passés au Vietnam, leur répartition géographique et leurs motifs. Sur cette base, nous abordons dans nos deux dernières parties leurs contributions au Viet-Minh. Cette étude privilégie chronologiquement les premières années de la guerre depuis août 1945 à l’arrivée de la « guerre froide » en Asie du Sud-Est en 1950, date à laquelle la RDVN fut reconnue par les géants communistes. Un autre groupe de conseillers asiatiques, plus nombreux, succédera aux Japonais dans leur effort pour transformer l’armée vietnamienne (la société ?), mais avec un tout autre impact


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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par Admin le Dim 28 Mar - 7:38

La naissance de la République démocratique du Vietnam Le 19 août 1945, au lendemain de la capitulation des Japonais mais avant que les Alliés n’arrivent pour recevoir leur reddition, le front national représenté par le Viet-Minh prit le pouvoir à Hanoi et les jours suivants dans la plupart des villes provinciales au centre et au nord du Vietnam. Créé et dirigé par le Parti communiste indochinois (PCI), le Viet-Minh installa de nombreux « comités du peuple » (uy ban nhan dan). Déterminé à garder le pouvoir à tout prix, le PCI se mit à consolider son contrôle interne, en interdisant ou en éliminant les partis nationalistes concurrents, en créant une toute puissante police et en mettant sur pied des groupes d’autodéfense (tu ve). Le 2 septembre 1945, Ho Chi Minh annonça la constitution officielle de la République démocratique du Vietnam.
Dans le Sud, la situation révolutionnaire était encore plus compliquée. Là, les dirigeants sudistes du PCI étaient relativement peu nombreux à cause de la répression menée par la Sûreté française quelques années auparavant. Mais même une fois réunis à Saigon en 1945, ils restaient remarquablement divisés entre eux. Le PCI n’avait pas « une » mais bien plusieurs voix dans le Sud. Fait encore plus pertinent, les communistes étaient loin d’être les seuls nationalistes à revendiquer le pouvoir national. Il y avait aussi des nationalistes non-communistes et religieux très nombreux, tels que les Cao Dai et les Hoa Hao. Les premiers avaient été bien encadrés et armés par les Japonais vers la fin de la guerre. Cependant, le 23 août l’un des dirigeants communistes le plus connu du Sud, Tran Van Giau, réussit à obtenir une union nationale très fragile, et ainsi prendre le pouvoir à Saigon au nom d’un « Comité de résistance du peuple » (Uy Ban Khang Chien Nhan Dan), subordonné finalement au PCI à Hanoi avec l’arrivée des communistes du Nord.

Or, la décision prise par les Alliés à Potsdam en juillet-août 1945, confiant le désarmement des Japonais dans l’Indochine au nord du 16e parallèle aux troupes de Chiang Kaishek et au sud aux Britanniques, allait influer de façon déterminante non seulement sur les différentes situations régionales, mais aussi sur la dispersion ultérieure des désertions japonaises. À la fin de septembre, une partie de l’armée chinoise commençait à arriver au Nord-Vietnam. Plus soucieux de leurs propres intérêts économiques et stratégiques, les chefs militaires chinois sur place étaient largement opposés à la rentrée immédiate des troupes françaises en Indochine du Nord. Ce ne fut qu’à la suite d’accords diplomatiques conclus en février et mars 1946 que les Chinois commencèrent à quitter l’Indochine (leur départ ne devra s’achever complètement qu’en septembre). Du côté Viet-Minh, cela ne s’avérait pas forcément mauvais. Quels que fussent les différends historiques entre Chinois et Vietnamiens, la présence chinoise au Nord-Vietnam permettait à la RDVN de « respirer » – de consolider son État révolutionnaire, d’agrandir et améliorer son armée et d’essayer de gagner des alliés tant en Asie qu’en Occident. D’août 1945 jusqu’au déclenchement de la guerre à Hanoi en décembre 1946, le gouvernement de la RDVN au Vietnam situé au nord du 16e parallèle put aussi recruter parmi les Japonais sans craindre une ingérence française directe.

Ce n’était pas le cas dans le sud. Encore une fois, la réoccupation se déroulait d’une façon entièrement différente. Une fois sur place, les Anglais facilitèrent le retour des Français en Cochinchine (appelée désormais le « Nam Bo » par le Viet-Minh)
Le 23 septembre, un coup de force écarta le Viet-Minh de Saigon, poussant immédiatement les communistes, les Hoa Hao et Cao Dai, vers le sud et le sud-ouest, au fur et à mesure que le Corps expéditionnaire français reprenait les villes et les axes de communication. Placés désormais devant une véritable guerre dans le sud, Vo Nguyen Giap et Ho Chi Minh décidèrent de remplacer Tran Van Giau par un homme fort forgé à Poulo Condor et en Chine nommé Nguyen Binh. Chargé de la zone VII (l’est du Nam Bo), Binh prit en main très vite toute la direction militaire du Nam Bo et fut nommé général de division en 1948. Moins concerné que Giau par les applications théoriques du marxisme-léninisme dans les villes du Vietnam, Binh se mit à créer une armée pour se battre contre le Corps expéditionnaire dans le maquis du Sud. Tâche ardue. Il s’était toute de suite rendu compte du besoin d’instructeurs militaires, lesquels allaient s’avérer essentiels à la formation d’un corps d’officiers compétents dans l’art de la guerre, indispensables à la création, au déploiement et à la direction des premières unités de combat. Comme Giap, Binh ne va pas hésiter à recruter ses instructeurs parmi des officiers japonais restés en Indochine pour servir comme conseillers dans son état-major et même comme ses gardes du corps
La situation militaire à laquelle était confrontée le Viet-Minh
Il n’entre pas dans notre propos d’analyser ici en détail la naissance de l’armée vietnamienne, sujet déjà bien connu, mais plutôt de brosser très rapidement un tableau de la situation de l’armée vietnamienne au lendemain de la guerre du Pacifique afin de mieux cibler les positions où les déserteurs japonais allaient prendre place.

L’ « Armée populaire du Vietnam » prit corps au début des années 1940, lorsque le Viet-Minh mit sur pied ses premières unités de guérilla dans les montagnes situées à cheval sur la frontière sino-vietnamienne. Elle fut renforcée par les armes parachutées par les Américains opérant dans le sud de la Chine. Les officiers de renseignement américains (OSS) ont même aidé le Viet-Minh à fonder une première école militaire, appelée l’ « École politico-militaire de résistance contre les Japonais » (Truong Quan-Chinh khang Nhat), qui a entraîné « 200 cadres militaires » en mi-1945 Or, cette résistance contre les Japonais était très limitée, et le temps pour former des cadres et officiers encore plus insuffisant. Une fois transférée à Hanoi, cette école militaire fut renommée l’ « École politico-militaire du Vietnam » (Truong Quan-Chinh Vietnam). Entre-temps, l’ « Armée de Libération vietnamienne » (Vietnam Giai Phong Quan) devint l’ « Armée de Défense nationale » (Ve Quoc Doan). Il y avait environ 278 étudiants enrôlés dans cette école en septembre 1945 . Giap dota ses premières unités avec l’armement pris sur l’ancienne Garde indochinoise et une grande partie des autres armes françaises livrées par les Japonais au Viet-Minh en août-septembre 1945. Le Viet-Minh achètera des armes aux militaires japonais et chinois, d’autres furent fournies par le marché noir, tant parmi les Chinois de Haiphong et Cholon que dans toute l’Asie où le désarmement mal organisé des Japonais contribuait à un commerce clandestin impressionnant En 1945, l’armée nationale vietnamienne se développa sous l’impulsion de la direction du ministère de la Défense (Bo Quoc Phong), dirigé par Giap, et plus tard son état-major général (Bo Tong Tham Muu). Quant aux effectifs, en janvier 1947 certains services des renseignements français estimaient que l’armée vietnamienne pouvait s’appuyer sur 2 000 guérillas formées en Chine au début des années 1940, environ 4 000 ex-tirailleurs vietnamiens formés par les Japonais et absorbés par le Viet-Minh, d’anciens tirailleurs de la Garde indochinoise, quoique très rigoureusement sélectionnés, des soldats rapatriés de France en 1945-1946 (bien travaillés par la propagande « anticoloniale »
et enfin d’autres recrutés parmi les diasporas vietnamiennes dans le nord-est de la Thaïlande et le sud de la Chine. Au total, il y avait environ 28 000 hommes de troupes dans l’armée vietnamienne en fin 1946. Ce chiffre augmentera à 40 à 45 000 hommes un an plus tard. À cela, il faut ajouter de nombreux groupes de milice, surtout les tu ve et les « Volontaires de la mort » (doi cam tu). Tant au nord qu’au sud, ces milices, mal armées et mal encadrées mais farouchement endoctrinées, constituaient une force militaire très importante pour le Viet-Minh en 1945-1946, en attendant de pouvoir mettre sur pied une armée régulière au vrai sens du termeOr, en dépit des efforts notables faits par les Vietnamiens pour développer leur armée au sens classique du mot, en 1945-1946 celle-ci était encore loin d’être préparée pour se battre contre les divisions du général Leclerc. C’est un fait reconnu depuis deux décennies par les militaires vietnamiens directement impliqués dans les événements de l’époqueLeurs armes étaient très hétéroclites, des pièces de rechange manquaient, leurs officiers avaient peu d’expérience du combat dur, et leurs troupes étaient mal dirigées. Ne confondons donc pas 1945 avec 1954 (et surtout pas 1975)
C’est dans cette situation politique et militaire extrêmement complexe et difficile à résumer en quelques paragraphes que les déserteurs japonais allaient prendre le maquis à la fin de 1945.

Quant aux Vietnamiens opposés au rétablissement de la présence française, ils voyaient dans les déserteurs japonais des guerriers très expérimentés et des techniciens militaires et économiques les plus « modernes ». Quelles que fussent les contradictions inhérentes à la propagande anti-occidentale des Japonais et la violence de leurs propres ambitions impérialistes pendant la première moitié du XXe siècle, leur discours pro-asiatique et la puissance technique de leur armée, aussi bien que la discipline et le fanatisme devenus légendaires qui la desservaient dans ses troupes provoquaient l’admiration de Vietnamiens et d’Indonésiens


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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par Admin le Dim 28 Mar - 7:47

Quand Nguyen Binh alla rencontrer Ho Chi Minh pour la première fois à Hanoi en 1945, il choisit de mettre des bottes japonaises et de porter une épée et une arme à feu de même provenance Quant au recrutement des déserteurs japonais, un chef militaire important du sud justifia la politique vietnamienne en la comparant à celle des Indonésiens se battant contre les Hollandais. Il la résuma en ces termes à Nguyen Binh à la fin de 1945 : « Nous devons nous baser sur l’exemple de MM. Sjajhir et Sukarno aux Indes néerlandaises [...] qui ont employé les combattants japonais pour semer la panique dans les rangs de l’armée anglo-indienne. »Et ils n’étaient pas les seuls à penser à ce recours : même Chiang Kaishek et Mao Zedong recrutaient des déserteurs japonais pour s’en servir comme techniciens et officiers dans leurs armées
Il n’est donc pas surprenant que la RDVN exhortât les Japonais à se mettre au service militaire de l’État vietnamien, même très tardivement Tournons-nous maintenant vers ces déserteurs japonais, pour essayer d’abord de déterminer leurs nombres, leurs motifs et la nature de leur répartition au nord et sud, avant d’aborder leurs rôles au sein du Viet-Minh.

Transfuges en Indochine du Nord
Déserter fut plus facile pour les Japonais stationnés au nord du 16e parallèle que dans la partie méridionale de l’Indochine. Si la France put se réinstaller presque immédiatement dans le sud, les accords du 6 mars conclus à Hanoi limitèrent la présence française au stationnement d’environ 15 000 soldats au Vietnam du Nord. Par ailleurs, les Chinois, eux-mêmes désireux de recruter des Japonais pour leur propre compte, n’exerçaient pas un contrôle aussi sévère que les Anglais le faisaient dans le Sud. Bien que les Japonais fussent théoriquement confinés à des lieux bien précis, dans la pratique ils pouvaient se déplacer assez facilement, quittant les camps de détention le matin pour y retourner le soir. Les Chinois avaient « interné » les Japonais dans certaines régions : environ 20 000 à Quang Yen/Yen Lap, 5 000 à Tourane, 3 000 près de Nam Dinh et 3 500 à Hanoi et sans doute beaucoup à Thai Nguyen Finalement, la présence chinoise et leur refus de renverser la RDVN avaient permis au Viet-Minh de recruter parmi ces Japonais sans craindre l’intervention directe des Français. Cela ne devait changer qu’après les accords du 6 mars, lorsque les Français jetèrent les premières bases d’une tentative de récupération, qui allait s’accélérer davantage en septembre 1946 avec le départ final des forces chinoises.

Au moment de la capitulation japonaise, on estimait à environ 97 000 les militaires et civils nippons stationnés en Indochine D’après les sources japonaises et américaines, on estimait que vers fin septembre ou octobre 1945, il y avait 30 000 militaires et 1 500 civils au Tonkin et 18 000 militaires et 500 civils en Annam au nord du 16e parallèle, soit au total : 48 000 militaires et 2 000 civils D’après une source américaine, 30 500 Japonais auraient quitté le Tonkin par le port de Haiphong le 29 avril 1946 ; 1 500 civils auraient été évacués vers le Japon, et 3 000 encore se seraient réfugiés clandestinement à Hainan, ce qui laissait estimer qu’environ 15 000 Japonais restaient dans une position « indéterminée » (mais pas forcément comme déserteurs) en Indochine du Nord à la fin de décembre 1946 Rappelons que tous ces chiffres sont approximatifs, comme l’a justement souligné le conseiller diplomatique du haut-commissariat en Indochine en 1948
En ce qui concerne les déserteurs à proprement parler, en 1946 un rapport militaire japonais faisait état en 1946 de 800 déserteurs Un rapport basé sur des documents saisis sur le Viet-Minh et les déclarations des déserteurs japonais ralliés ont permis à une commission française d’estimer leur nombre en décembre 1946 au Tonkin et en Annam à environ 4 000 au nord du 16e parallèle
Ce chiffre nous semble proche de la vérité, mais sans doute représente-t-il un maximum qui ne va pas cesser de diminuer ultérieurement en raison des ralliements, des disparitions, des décès en bataille, des maladies et, plus rarement, des suicides. Démoralisés par les conditions de guerre dans les camps Viet-Minh et fatigués par un traitement parfois très dur, plusieurs Japonais quitteront le Viet-Minh pour rentrer chez eux. D’autres, déçus par le bas niveau des troupes Viet-Minh, l’abandonnèrent également En avril-septembre 1946, ayant militairement repris pied au nord, les Français mirent en place la « Mission Tokyo », qui visait à récupérer les déserteurs japonais en Indochine du Nord. Les « retours » furent limités, cependant. La surveillance policière de la RDVN demeura très étroite. Même plus tard, lorsque le fameux colonel Saito arriva pour mettre en œuvre des recherches de déserteurs, ce qu’il avait si bien réussi dans le Sud (voir infra), il se heurta à une surveillance Viet-Minh efficace Finalement, le Viet-Minh cacha ou fit exécuter parfois des déserteurs japonais (et Européens) devenus suspects ou qui en savaient trop pour qu’on pût risquer de les laisser faire des révélations aux services de renseignements étrangers
Le problème pour l’historien réside dans la difficulté d’établir un recensement précis du nombre des déserteurs véritablement passés au service du Viet-Minh. En l’occurrence, sur les 4 000 déserteurs attestés au Nord, nous pensons qu’une forte proportion n’a pas forcément rejoint le Viet-Minh. Il faut raisonnablement estimer à 2 000 au maximum le nombre des Japonais effectivement employés dans ses rangs entre 1945 et 1950. Ajoutons à nouveau qu’au fils des années ce recrutement se fera inexorablement à la baisse.


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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par Admin le Dim 28 Mar - 8:04

En Indochine au sud du 16e parallèle, au moment de la capitulation japonaise, on estimait qu’il y avait environ 68 000 hommes de troupes japonaises, y compris 3 000 civils Environ 20 000 Japonais furent rapatriés par le cap Saint-Jacques en avril 1946 et la plupart des autres dans les mois suivants. Les désertions eurent lieu juste après la capitulation japonaise. Inquiets de leur sort sous l’occupation imminente des Alliés, beaucoup de Japonais disparurent sans attendre de découvrir la politique anglaise, surtout les criminels de guerre. Au début de 1946, le Haut Commandement japonais donnait le chiffre « officiel » de 620 déserteurs pour l’Indochine du Sud, ce qu’un observateur militaire français considérait comme « bien en dessous de la vérité »Une synthèse française de cette question, effectuée fin 1946, estimait qu’il y avait environ 1 000 Japonais qui désertèrent au lendemain de la capitulation. Cette étude calculait qu’en décembre 1946 environ 560 sur le nombre de transfuges s’éparpillèrent dans les provinces de Tay Ninh, Thu Dau Mot, My Tho, Saigon-Cholon, Bien Hoa et Rach Gia Une autre étude conclut que le « chiffre initial d’un millier de déserteurs pour la Cochinchine, le Cambodge et le sud Annam semble assez près de la vérité »Encore une fois, le dénombrement doit être revu à la baisse sous la présence française. En Indochine du Sud, à la différence du Nord, les Français ont pu s’attaquer au « problème japonais » beaucoup plus tôt. Au début de novembre 1945 et à la fin d’avril 1946, 250 000 tracts rédigés en japonais avaient été lancés en zone Viet-Minh, et 180 000 distribués par des unités japonaises. Jusqu’au 22 avril 1946, les recherches des déserteurs japonais furent laissées aux autorités japonaises. 168 déserteurs rentrèrent avant cette date, dont 84 grâce à ces équipes japonaises de recherche. À partir du 22 avril, une recherche plus méthodique fut élaborée sous la direction de la « Mission de contrôle de l’armée japonaise » à Saigon. Cette Mission comprenait 200 officiers et hommes de troupes envoyés en détachement à la recherche des déserteurs. Or, ils n’en ont récupéré que 10 Suite à cet échec, à partir de mi-juillet, une « Mission de contrôle des déserteurs japonais » (SDJ) sous la direction d’un officier français parlant couramment le japonais fut créée. Après la mort de ce Français, le colonel Saito, officier de l’ancien état-major de la 55e Division en Birmanie et un homme formé dans les écoles de service de renseignements japonais, prit en main les recherches au Nam Bo
Jusqu’en 1948, le colonel Saito fit rentrer environ 350 déserteurs japonais en Indochine du Sud. En raison de ce succès, il fut envoyé au nord pour tenter de monter une mission semblable, mais avec moins de réussite (voir supra) En prenant en compte toutes ces sources et vu le manque d’autres sources plus fiables, il nous semble permis de dire qu’il y avait environ 5 ou 600 déserteurs dans le Sud à la fin de 1946. Si on inclut le succès de Saito en 1948, il ne pouvait y avoir plus de 300 déserteurs dans le Nam Bo après 1948.

Les contributions des déserteurs japonais au Viet-Minh au début de la guerre peuvent être classées sous deux catégories majeures : 1 / militaire ; et 2 / technico-scientifique. La première était de loin la plus notable.

La formation des officiers et des cadres militaires fut une priorité de premier ordre pour la RDVN en 1945. Outre une poignée d’hommes formés dans les écoles militaires de la Chine, le Viet-Minh n’avait presque pas d’autres officiers supérieurs. Et le fait que la colonisation n’avait formé que peu d’officiers supérieurs vietnamiens avant la guerre aggravait une insuffisance déjà critique, surtout dans le Sud pour les raisons évoquées ci-dessus. Il est donc peu surprenant que le Viet-Minh ait utilisé l’apport militaire important que les soldats et surtout les officiers japonais demeurés au Vietnam représentaient. Ngo Van Chieu, un militaire vietnamien formé dans l’une des premières écoles d’officiers créée à Hanoi en 1945-1946, nous révèle dans ses souvenirs qu’un « ancien lieutenant-colonel à l’état-major de la 38e armée nippone » travaillait comme « conseiller technique » auprès de l’instructeur vietnamien de cette école
Quang Ngai et le rôle des officiers japonais dans les écoles militaires
Les Japonais déserteurs ont joué un rôle particulièrement important dans le fonctionnement de l’ « École secondaire de l’infanterie de Quang Ngai » (Truong luc quan trung hoc Quang Ngai) de 1946 à 1949
Citons quelques extraits provenant d’un cours que Oshikiri enseignait sur la méthode « Tokkohan » pour donner une meilleure idée de cette symbiose militaire nippo-vietnamienne. En s’adressant aux candidats vietnamiens, Oshikiri martelait l’idée principale de la guérilla :

« Il ne faut pas se plaindre de l’insuffisance des armes. Bien qu’elle manque de chars, d’avions et de canons, l’armée Viet-Minh a [suffisamment] de braves combattants. Nous avons des hommes chars, nous avons des hommes avions, des hommes canons. Les ennemis se trouvent tout près de nous, ils sont entourés par nous. Nous sommes bien au courant de la situation géographique. Nous connaissons bien nos adversaires. Dès que l’ordre en sera donné, nous n’avons qu’à sauter sur l’ennemi, portant sur nous des bombes, des grenades ou des bouteilles enflammées. »

Vu la technologie avancée et les forces écrasantes employées par le Corps expéditionnaire dans le Nam Bo en 1945-1946, il est certain que les idées de Tokkohan trouvaient un milieu militaire local déjà très favorable à Quang Ngai. Après tout, ce genre de tactique s’insérait parfaitement bien dans la pensée militaire déjà esquissée par d’autres officiers vietnamiens qui mettaient l’accent sur l’utilisation des tu ve et « volontaires de mort » (voir supra) et savaient que l’armée vietnamienne était encore mal préparée pour s’organiser dans un sens classique. N’oublions pas que Nguyen Son avait fait la Longue Marche, et Nguyen Binh avait sans doute vécu la guerre sino-japonaise. Mais il n’y avait pas que la guérilla. Les Japonais enseignaient le tir et le lancement de grenades ainsi que les idées élémentaires pour l’entraînement des cadres supérieurs militaires, exercices de compagnie et de bataillon, dispersion, assaut, attaque et combat de nuit et surtout l’encadrement des hommes de troupes
Or, n’oublions pas pour autant que les stratégies et tactiques militaires de ces officiers japonais ne s’adaptaient pas forcément aux besoins de l’armée vietnamienne, toujours mal armée et peu encadrée pendant cette période. Le général de division Vuong Thua Vu révèle dans ses souvenirs publiés en 1979 qu’un officier japonais, nommé « Ai Viet », « celui qui aime le Vietnam », servait dans son état-major en tant que « délégué militaire » (phai vien quan su) en décembre 1946. Or, un débat acerbe se produisit en décembre 1946 entre cet officier japonais qui prônait une défense classique de Hanoi contre le Corps expéditionnaire français et l’état-major de Vuong Thua Vu, qui soulignait l’importance stratégique des tu ve et la tactique de guérilla (du kich). Le général Vu considérait le plan de défense d’Ai Viet suicidaire, « ne s’accordant aucunement avec le niveau technique et tactique des forces [vietnamiennes très faibles] de l’époque L’un des résultats concrets de cette présence japonaise dans l’armée du Viet-Minh était d’avoir accru les pertes chez les Français au début de la guerre . Au cours des premiers combats au Nord, par exemple, des unités japonaises engagées avec les troupes Viet-Minh ont opposé une résistance farouche en se faisant tuer sur place. Des cadavres japonais ont été dénombrés à l’ancienne résidence de Ho Chi Minh au moment de la reprise de Hanoi par les Français en 1946-1947 Pendant la bataille de Hue au début de 1946, les Français estimaient qu’ils avaient lutté contre une section d’assaut composée d’environ 150 Japonais. En raison de leur entraînement supérieur et de leur expérience au combat (pour certains), ces Japonais furent responsables d’une dizaine de tués et plusieurs blessés parmi le Corps expéditionnaire. En 1947, en collaboration avec Nguyen Son, Ishii monta une embuscade qui fit de 70 à 80 morts parmi les hommes du Corps expéditionnaire Les pertes humaines dans ces troupes d’élite japonaises devaient être très élevées également...

Il est aussi probable que certains soldats japonais eussent servi comme tireurs d’élite (snipers) et aient été utiles par leur démonstration du maniement des armes automatiques et de la DCA. Certains avaient fait profiter au Viet-Minh de leur expérience sur l’installation de fabriques d’armes légères et de munitions avec des moyens limités. Faute de documentation, nous n’avons pas pu estimer le rôle joué par des conseillers japonais dans le service de transmission et des radios. Mais il est sûr qu’au début, des techniciens japonais (et également européens) furent « consultés » quant à la mise en place des services de renseignements militaires et un nouveau réseau policier pour la RDVN. Un officier japonais, Koshiro Iwai, connu sous le nom vietnamien de « Sau Nhat », fournissait à l’état-major vietnamien des renseignements militaires sur les mouvements de l’armée française dans la région de Cao Bang et Lang Son


Dernière édition par Admin le Dim 28 Mar - 8:10, édité 1 fois
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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par Admin le Dim 28 Mar - 8:07

Cette étude est tellemt complète que je passe plusieurs chapitres pour en arriver a ceci
CONCLUSION
Il est difficile, à ce stade de nos recherches, de savoir précisément combien de déserteurs japonais allaient rester dans les rangs Viet-Minh après l’arrivée des troupes de Mao Zedong sur la frontière vietnamienne vers 1950. Ils devaient probablement se chiffrer à quelques centaines d’hommes dans le Nord, et sans doute moins dans le Sud. Sur ce nombre, des dizaines d’alliés seulement restaient vraiment utiles à la RDVN au seuil des années 1950. Les autres, moins indispensables, vivaient sans doute en petits groupes étroitement surveillés par le Viet-Minh. Avec l’alignement idéologique et officiel de la RDVN sur le reste du monde communiste depuis 1950, la surveillance de ces alliés japonais par les leaders communistes chinois et vietnamien devenait impérieuse, tant en raison de leurs passés politiques mouvementés qu’à cause de la menace qu’ils représentaient comme espions éventuels. En tout cas, ce noyau dur d’ « alliés tardifs » ne comprenait certainement pas des milliers d’hommes en 1950, comme des détracteurs de la RDVN ont pu l’affirmer. Pourtant, les Japonais encore présents travaillaient dans l’état-major de l’armée vietnamienne, détenaient parfois des postes de confiance, poste de commandement ou de conseillers techniques, qui infirment la version minimaliste défendue par les nationalistes vietnamiens. En fait, selon une récente étude militaire publiée à Hanoi, l’état-major général du Vietnam décida lui-même en 1951 de congédier officiellement les conseillers japonais (et européens) travaillant dans ses bureaux. Ils les renvoyèrent via les canaux internationalistes de la Chine communiste
Au cours de cette étude, nous avons voulu montrer l’importance de prendre en compte ces « étrangers asiatiques » dans l’analyse de la guerre franco-vietnamienne. Sans vouloir un instant nier les origines nationales de l’armée vietnamienne ni diminuer la puissance militaire des Français et des Américains, il nous semble intéressant de mesurer le rôle joué par d’autres acteurs asiatiques du conflit, japonais en l’occurrence. La toile géo-historique de la guerre apparaît alors plus complexe qu’on ne le croit. Nous avons également suggéré comment la « modernité » militaire pouvait entrer au Vietnam par un intermédiaire asiatique relativement méconnu. Si l’on ne doit pas exagérer l’importance de ce transfert technique japonais, il est nécessaire de le considérer à sa juste valeur, d’apprécier l’aide qu’il put représenter quand les besoins militaires de la révolution vietnamienne étaient maximaux, alors que ses capacités militaires étaient, inversement, déficientes. C’est ce fossé originel entre volonté politique et faisabilité militaire que l’on doit garder à l’esprit pour évaluer l’apport des alliés tardifs japonais au Viet-Minh.

Significativement depuis 1948 et plus encore à partir de 1950, cet apport ira décroissant. Ironiquement, ce fut au moment même où l’état-major vietnamien renvoyait chez eux ses conseillers japonais via la Chine que prit place, à partir de 1950, un nouveau groupe, très « internationaliste », de conseillers asiatiques au Vietnam. En fait, durant toute la seconde moitié de la guerre d’Indochine, des centaines de conseillers chinois auront un impact bien plus profond sur l’armée vietnamienne que leurs prédécesseurs japonais. Les Français et les Américains ne furent clairement pas les seules forces étrangères impliquées au Vietnam. Et les Vietnamiens ne furent pas toujours seuls à lutter contre elles...


POUR CITER CET ARTICLE
Christopher E. Goscha « Alliés tardifs : les apports techniques des déserteurs japonais au Viet-Minh durant les premières années de la guerre franco-vietnamienne », Guerres mondiales et conflits contemporains 2/2001 (n° 202-203), p. 81-109.
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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par Admin le Dim 28 Mar - 8:14

En s’adressant aux candidats vietnamiens, Oshikiri martelait l’idée principale de la guérilla :

« Il ne faut pas se plaindre de l’insuffisance des armes. Bien qu’elle manque de chars, d’avions et de canons, l’armée Viet-Minh a [suffisamment] de braves combattants. Nous avons des hommes chars, nous avons des hommes avions, des hommes canons. Les ennemis se trouvent tout près de nous, ils sont entourés par nous. Nous sommes bien au courant de la situation géographique. Nous connaissons bien nos adversaires. Dès que l’ordre en sera donné, nous n’avons qu’à sauter sur l’ennemi, portant sur nous des bombes, des grenades ou des bouteilles enflammées. »

Vu la technologie avancée et les forces écrasantes employées par le Corps expéditionnaire dans le Nam Bo en 1945-1946, il est certain que les idées de Tokkohan trouvaient un milieu militaire local déjà très favorable à Quang Ngai
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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par olivier le Dim 28 Mar - 18:48

merci Daniel
trés instructif
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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par Admin le Mar 30 Mar - 3:29

olivier a écrit:merci Daniel
trés instructif


c'est vrais mais il y a que toi qui le vois , les autres ????????
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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par Admin le Sam 29 Mai - 5:11

je confirme et je le replace
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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par Bushman le Sam 29 Mai - 5:39

Les autres peut etre n'ont pas eu le temps de le lire completement.
Oui tres bon sujet. Dont on ne parle jamais.
Monsieur Daniel arrettes de bouder on ne peut pas passer notre journee a lire tout les sujets cela prends du temps pour bien essayer de comprendre et retenir. ok
A la fin nous ne saurons jamais la verite surtout quand il s'agit D'Asiatiques.
Pour certains ils se ressemblent tous et ne font pas la difference entre tout les Nationalites Asiatique.

Merci pour cette precision dont on n'en entends pas parler dans la guerre d"Indo
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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par Invité le Sam 29 Mai - 8:36

Merki Daniel; ok

J'ai pas encore tout lu; c'est long...et surtout tres interessant.

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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

Message par Invité le Sam 29 Mai - 9:07

merci daniel je ne savais pas que les japs etaient aussi de la partie

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Re: Le CEFEO contre les déserteur Japonais

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