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D'un goulag à l'autre

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D'un goulag à l'autre

Message par Invité le Lun 25 Fév - 8:38

D'un goulag à l'autre

Les soldats prisonniers du Vietminh qui étaient
originaires des pays de l’Est, essentiellement des légionnaires, furent «
rapatriés » dans leurs pays d’origine via la Chine et L’U.R.S.S. Ils
furent très souvent condamnés dans leur propre patrie pour avoir
combattu « un pays frère dans une armée colonialiste ».




Certains survécurent. Leur histoire est méconnue. C’est
pourquoi nous avons voulu rendre hommage à ces hommes qui ont combattu
pour la France et la liberté en citant un extrait de ce récit du
légionnaire RAZVAN si bien raconté par le colonel H. CARRARD qui fut
attaché militaire à l’ambassade de France à Bucarest (1) :
« Le vieux RAZVAN était fatigué. Il avait tant bourlingué,
il avait tant vu de pays, il avait tant souffert. Il avait si souvent
perdu l'espoir, mais il s'était accroché, il s'était battu contre les
autres et contre lui-même et s'en était sorti à chaque fois. Cette nuit,
dans ce train brinquebalant qui le conduisait de Tulcea à Bucarest, il
était un peu anxieux.

C'était la première fois qu'il revenait
dans la capitale depuis si longtemps, depuis le tout début de sa mise en
résidence surveillée; il y avait bientôt trente ans, quand il avait dû
régler des questions administratives interminables, à l'époque où il
fallait des permis pour se déplacer, où il fallait rendre compte au
secrétaire du Parti du village, au commissaire de police, à je ne sais
qui encore. Hier soir il avait quitté son village sans rien dire à
personne. Certes il en avait longuement débattu avec Oana, sa femme
chérie, sa compagne des si mauvais jours, mais c'était resté dans la
famille, on n'avait plus besoin de la permission de personne. La
dictature était par terre depuis bientôt six mois, on revenait comme
avant la guerre, quand il avait vingt ans, dans sa Transylvanie natale. «
Anxieux mais déterminé. Il était anxieux tout de même, car il ne
reconnaîtrait pas Bucarest, et puis où était l'ambassade de France dans
cette grande ville ? Mais enfin il en avait vu d'autres, n'est-ce pas,
et il se débrouillerait bien pour trouver ce petit coin de France, but
de son voyage et espoir de... de quoi au fait ? Pourquoi allait-il dans
cette ambassade dans laquelle il n'avait jamais mis les pieds ?
Qu'espérait-il ? Il n'en savait trop rien, mais enfin il avait été
soldat français pendant cinq ans, et même plus, si on comptait ses
vingt-sept mois de détention dans les camps viêts. Alors peut-être que
la France pouvait faire un petit quelque chose pour lui, pour un vieux
serviteur qui s'était bien battu pour elle, et pas dans n'importe quelle
unité, à la Légion étrangère, au 3e REI., 10e compagnie du lieutenant
Bonfils. Tout cela tournait et retournait dans sa tête au rythme des
ruptures de rails et des aiguillages qui le secouaient sur sa banquette
défoncée de 3e classe.

Recherché par la police soviétique. Il se
rappelait son départ à la guerre en 1941, la mobilisation, le peloton
d'élèves gradés dont il était sorti sergent de l'armée royale roumaine,
puis le passage du Prut sur l'ordre du général Antonescu pour
reconquérir la Moldavie aux Soviétiques qui l'avaient envahie un an plus
tôt. Au Dniestr, on avait continué, on s'était battu comme des diables
contre ces Russes tant haïs et tant craints, mais là on était avec la
grande armée allemande; alors le jeune RAZVAN y était allé de bon cœur,
spécialement contre les partisans qui perturbaient les communications,
tant et si bien que le K.G.B. avait mis sa tête à prix. Aussi, quand le
sort des armes se fut inversé, que l'armée roumaine fut reconduite chez
elle, que le roi Michel retourna son armée contre les Nazis et fit
alliance avec les Occidentaux et par conséquent avec l'ennemi d'hier, un
certain nombre de soldats roumains, dont RAZVAN, qui s'étaient un peu
trop fait remarquer par leur combativité, se trouvèrent recherchés par
la police soviétique.


Offensive en Roumanie

Il réussit malgré tout à passer entre les mailles, refit la guerre
contre les Allemands et se retrouva à Vienne où cela devint de plus en
plus difficile d'échapper aux recherches de la police soviétique. Que
faire ? Revenir au pays alors que l'armée Rouge l'occupait et y
établissait un régime communiste particulièrement dur et sans pitié ?
RAZVAN n'en avait nulle envie. Aussi après deux ans et demi d'errance,
se précipita-t-il sans hésitation dans un bureau d'engagement de la
Légion étrangère française qu'il avait repéré quelque temps auparavant.
Son engagement définitif datait du 28 février 1948, il s'en souvenait
bien, il venait d'avoir vingt-huit ans et il était déjà un vieux soldat.

Engagé dans la légion pour l'Indochine. Il se remémorait ses
classes en Algérie, à Sidi Bel Abbès, ses copains, dont beaucoup
avaient disparu plus tard en Indochine, son embarquement sur le Pasteur à
Mers El-Kebir au début du mois de septembre 1948.

Tout cela
était bien loin, il était jeune et partait pour l'aventure, pour
l'Orient. On allait simplement rétablir l'ordre dans une contrée
exotique. Jamais il n'aurait pu penser qu'il souffrirait mille fois plus
que ce qu'il avait vécu sur le front russe.

Et cette arrivée à
Saigon, suivie du débarquement à Pointe Pagode, c'était le 25 septembre,
il s'en souvenait nettement car le lendemain il avait été affecté à la
12e Cie du 3e REI, c'était un souvenir très précis. Il allait y rester
jusqu'à ce que le troisième bataillon soit envoyé à Cao Bang en 1950.
Cao Bang, horrible souvenir! Non pas la ville, mais son évacuation à
laquelle il n'aurait jamais dû participer. En effet, début septembre
1950, il avait demandé une prolongation de séjour de six mois, alors
qu'il était rapatriable et devait embarquer sur le Pasteur dans les
premiers jours d'octobre. Il avait pris cette décision comme cela, un
jour, pour rester avec les copains.

Cao Bang, on y était pourtant
bien, la forteresse paraissait solide, et puis un jour, brusquement,
sans préavis, en avant, direction Lang Son et au passage on devait
secourir les copains du IIIe, assiégés à Dong Khé. Quel souvenir, cette
marche à travers la jungle avec cette colonne invraisemblable de
partisans, de femmes et d'enfants qui avaient disparu progressivement et
ces combats contre une marée de Viêts. Au bout d'une semaine de marche
et de bagarres, dans un terrain épouvantable où il avait fallu porter
les copains blessés, à peine le temps de recouvrir les morts, à bout de
munitions, exténué, il avait été fait prisonnier avec les restes de la
compagnie du lieutenant Bonfils.

Prisonnier pendant vingt-sept
mois, puis libéré vers son pays d'origine. Vingt-sept mois, il était
resté prisonnier dans les camps viêt-minh; vingt-sept mois à marcher,
vingt-sept mois d'humiliation, séparé des officiers et des
sous-officiers, mais il avait tenu malgré la maladie et les privations.
Enfin, début 1953, il avait été libéré avec d'autres camarades des pays
communistes, pour leur malheur pas vers la France, mais chacun vers son
pays d'origine. RAZVAN était donc parti avec ses compagnons d'infortune
vers la Chine par divers moyens de transport, camions molotova, train, à
pied bien sûr, jusqu'à une première étape à Pékin. Là, il avait essayé
de prendre contact avec l'ambassadeur de Roumanie qui dans un premier
temps l'avait écouté, puis, après avoir reçu des consignes, l'avait
encouragé à rentrer au pays.








Sibérie, Russie et finalement Roumanie, quel souvenir épouvantable
que cette arrivée dans son pays natal, dans sa patrie. Immédiatement il
avait été interné, puis jugé pour trahison à la grande cause du
socialisme, c'était en 1954. Le jugement avait été sans appel, dix ans
de prison. Le style de l'administration française avait quelque chose de
fantastique et de cocasse. On peut en effet lire sur les états de
service de RAZVAN: "Prisonnier, rapatrié par la voie démocratique, ne
s'est pas présenté aux autorités françaises lors de son rapatriement
dans son pays d'origine" !
Mis en prison, puis isolé en cellule. Il s'était retrouvé
dans la plus sinistre des prisons, à Pitesti, la prison des expériences
de rééducation. Par chance la grande période des tortures était passée,
mais tout de même ce ne fut pas facile. Un jour, excédé par un gardien,
il lui avait mis son poing dans la figure, résultat, deux ans de cellule
sans voir personne, même pas les gardiens. C'est un petit oiseau qui
l'avait aidé à survivre. Il venait tous les jours, à l'heure où on
servait au reclus sa maigre pitance. Il lui donnait quelques miettes.
Cette conversation quotidienne de quelques minutes à travers le
soupirail avec ce petit moineau lui redonna l'espoir.

Mis en
résidence surveillée, marié et père d'un enfant. En 1964 ou 1965, au
moment de l'amnistie, il avait été libéré et mis en résidence surveillée
quelque part du côté du delta du Danube, encore pour dix ans. Mais là,
il avait trouvé Oana qui elle aussi avait eu des malheurs. Elle avait
perdu son mari dans le camp de travail du canal Danube-Mer Noire. Ils
avaient uni leur misère, s'étaient mariés et avaient eu un fils. Petit à
petit, ils avaient acheté quelques outils, travaillé leur lopin de
terre, mangé à leur faim, amélioré leur cabanon pour en faire une vraie
petite maison et se refaire une vie après tant et tant de souffrances.

Et
l'on était arrivé ainsi en 1989 et à la révolution qui avait abattu le
tyran et sa dictature. C'est ainsi que RAZVAN se retrouvait dans ce
train vers Bucarest. Ses pensées tournaient et retournaient. Comment
arriver à l'ambassade de France ? Comment y entrer ? À qui s'adresser ?
Les miliciens en poste devant la porte le laisseraient ils passer ?

Reçu
à l'ambassade de France. En fait tout alla bien, il se présenta devant
un parlophone et demanda à voir l'attaché militaire. L'idée lui en vint
au dernier moment. Le colonel arriva assez rapidement. Il lui raconta
son histoire. Ce fut assez long car il avait oublié son français, mais
cela lui revint petit à petit. Il faisait bon dans ce bureau, le colonel
l’écoutait avec attention et même lui semblait-il avec stupéfaction et
admiration. Il se sentait tout ragaillardi. Son cœur se réchauffa de
revoir ainsi, plus de quarante ans après, un officier français qui le
recevait avec tant de chaleur et cet officier était un colonel. Il ne se
souvenait pas d'avoir parlé à un colonel, même dans l'armée française.
Au bout d'un bon moment, peut-être deux heures, le colonel le fit
conduire au consulat où un fonctionnaire français releva tous les
éléments d'identité possibles et lui demanda de repasser dans deux mois…
»
Il avait servi la France avec honneur et fidélité et
la France lui rendit cet honneur en le pensionnant et en lui remettant
la Croix du combattant volontaire qu’il portait fièrement.
(1) Nous remercions le colonel Carrard, Amédée Thévenet
et les éditions France Empire qui nous ont autorisé à reproduire ici ce
texte qui peut aussi être retrouvé dans l’ouvrage d’Amédée Thévenet « LA
GUERRE D’INDOCHINE racontée par ceux qui l’ont vécu », édition France
Empire

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Re: D'un goulag à l'autre

Message par commandoair40 le Lun 25 Fév - 11:23

Merci Christian ;

Prenant !!!!!!!!!!!!!!!
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Re: D'un goulag à l'autre

Message par Gibert j le Lun 25 Fév - 19:48

Merci Christian,passionnante aventure de cet homme qui a tout connu,beaucoup trop de souffrances.

Respect
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Gibert j

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Re: D'un goulag à l'autre

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