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Guerre du Liban

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Guerre du Liban

Message par Invité le Ven 24 Mai - 11:41

Guerre du Liban

.
Informations générales
Guerre du Liban

Statue de la Place des Martyrs à Beyrouth, en 1982, pendant la guerre civile.



Belligérants
Front libanais
Armée du Liban Sud (1976)
Israël (Opération Litani, 1978 et Opération Paix en Galilée, 1982)


Syrie (1976)

MNL (1982)
FNRL (1982)
OLP


Mouvement Amal



Hezbollah



Syrie (1983)

Forces armées libanaises


Force arabe de dissuasion (1976-1983)



FINUL (1978)



Force multinationale de sécurité à Beyrouth (1982-1984)

Commandants
Kataëb
• Bachir Gemayel
• Samir Geagea
• Amine Gemayel




• Camille Chamoun
• Michel Aoun





• Menachem Begin
• Ariel Sharon
Armée du Liban Sud
• Saad Haddad




• Kamal Joumblatt
• Walid Joumblatt

• George Hawi

• Yasser Arafat



• Nabih Berri
• Moussa Sader (1978)
• Mohammad Hussein Fadlallah
• Subhi al-Toufeili
• Abbas al-Musawi




• Hafez al-Assad
• Ghazi Kanaan


• Emmanuel Erskine
• William O'Callaghan
• Gustav Hägglund

• Timothy Geraghty
La guerre du Liban est une guerre civile ponctuée d’interventions étrangères qui s’est déroulée de 1975 à 1990 faisant entre 130 000 et 250 000 victimes civiles.
Les séquelles du conflit se font sentir sur une longue période avec une
laborieuse reconstruction, le maintien de milices armées autonomes et
des reprises ponctuelles de violences.



Sommaire




  • 1 Une unité nationale fragile

    • 1.1 Une nation multiconfessionnelle
    • 1.2 « L'absence de consensus sur le passé comme sur l'avenir du pays »
    • 1.3 Pourquoi le Grand-Liban ?
    • 1.4 Un contexte international défavorable
    • 1.5 L'écho des crises du Proche-Orient
    • 1.6 Une terre d'émigration et d'immigration
    • 1.7 Les déséquilibres économiques
    • 1.8 Les forces politiques au pouvoir : le clientélisme

  • 2 Crise libanaise de 1958
  • 3 La montée des périls (1966-1975)

    • 3.1 Le problème palestinien

  • 4 La guerre du Liban : première phase (1975-1982)

    • 4.1 La « guerre de deux ans » (1975-1976)
    • 4.2 L'intervention syrienne
    • 4.3 Le Liban déchiré et l'intervention armée des États voisins
    • 4.4 « Ni guerre ni paix » (1977-1982)

  • 5 L'intervention israélienne de 1982 et ses conséquences

    • 5.1 « Paix en Galilée » (juin 1982)
    • 5.2 Sabra et Chatila

  • 6 Économie de la guerre civile

    • 6.1 Une guerre coûteuse
    • 6.2 Prise d'otages
    • 6.3 Financements étrangers
    • 6.4 Un moyen de redistribution

  • 7 La guerre du Liban : seconde phase (1982-1990)

    • 7.1 Le mandat d'Amine Gemayel
    • 7.2 La « guerre de la montagne » (1982-1984)
    • 7.3 La renaissance chiite
    • 7.4 La « guerre des camps » (1985-1988)
    • 7.5 La guerre inter-chiite (1988-1989)
    • 7.6 L'appel à la Syrie et la résistance du général Aoun
    • 7.7 L'accord de Taëf (1989)

  • 8 La reconstruction du Liban sous la tutelle de la Syrie (1990-2005)

    • 8.1 La scène politique
    • 8.2 Démarrage de la reconstruction
    • 8.3 Des indicateurs favorables
    • 8.4 Les retombées sociales de la guerre

  • 9 Les reprises d'affrontements après les accords de Taëf
  • 10 Notes et références
  • 11 Voir aussi

    • 11.1 Bibliographie
    • 11.2 Articles connexes
    • 11.3 Liens externes



Une unité nationale fragile


Une nation multiconfessionnelle


Le pays est multiconfessionnel. Historiquement, le pays a servi de
refuge pour un grand nombre de communautés. Il en existe officiellement
dix-sept, et chacune a un droit privé spécifique.

Parmi les chrétiens, les maronites sont les plus nombreux. Il y a des musulmans chiites et sunnites ainsi que d'autres minorités religieuses comme les druzes (5 à 7 % de la population libanaise) et les juifs (0,5 %).

« L'absence de consensus sur le passé comme sur l'avenir du pays »


Entre 1926 et 1943, sous le contrôle colonial, la constitution
est mise en place. Elle entérine l'appartenance de chaque Libanais à
une communauté religieuse, et institue le « communautarisme politique »,
système par lequel les communautés sont représentées « équitablement »
au sein de l'État sur la base d'un recensement effectué en 1932.

Le président devait être maronite, le premier ministre sunnite, et le porte-parole du gouvernement
chiite. Les sièges parlementaires ont été répartis entre les chrétiens
et les musulmans. Les maronites ont également reçu le contrôle de
l'armée. En retour, ils devaient reconnaître le Liban comme un pays
arabe. L'indépendance fut reconnue par la France le 22 novembre 1943.

Pourquoi le Grand-Liban ?


À la lumière de l'histoire, la communauté maronite semble avoir
réalisé un mauvais compromis. Elle a insisté pour agrandir le Liban du Mont-Liban et de la plaine de Beyrouth où elle était majoritaire à 80 %, en y joignant la vallée de la Bekaa, et les plaines du sud, et former le Grand-Liban. Dans cet État, la communauté n'est plus représentée qu'à 48 %.

Pourquoi
ont-ils voulu cet État ? Le pays avait sans doute besoin du grenier à
grain de la vallée pour assurer son autonomie, mais d'autre part, les
maronites détenaient la conviction de leur supériorité culturelle et
n'ont pas douté qu'ils pourraient jouer le rôle prépondérant dans cet
État.[réf. nécessaire]

Un contexte international défavorable


Malheureusement, le contexte international joue en leur défaveur. En 1952, Gamal Abdel Nasser accède au pouvoir en Égypte.
Il marque un tournant dans les mouvements identitaires arabes, en
adoptant la doctrine de « non-alignement ». Il réveille les
nationalismes pro-arabes, et l'anticolonialisme. La mobilisation franco-britannique lors de la nationalisation du canal de Suez
est le dernier sursaut des puissances coloniales. Une mobilisation
hostile à l'Occident dessert les intérêts maronites et renforce leurs
adversaires.

L'écho des crises du Proche-Orient


À la faveur de la prospérité et de la liberté d'expression, en contraste avec la censure des États voisins, Beyrouth abrite de nombreux intellectuels
et opposants politiques arabes, et devient un foyer de réflexion et de
contestation. Les maisons d'édition et les quotidiens, ainsi que les
nouvelles organisations politiques, se multiplient.

Le Liban devient un lieu de dialogue privilégié, non seulement entre les Arabes et le reste du monde, mais souvent aussi pour les États arabes entre eux. Membre fondateur de l'ONU et de l'UNESCO, le pays participe aux principales institutions spécialisées.

Une terre d'émigration et d'immigration


Cependant, la vieille tradition d'accueil du pays se perpétue. Le Liban accueille les réfugiés arméniens lors de la chute de leur pays, il abrite également des Kurdes. Beyrouth devient une « agglomération refuge », reflet de tous les drames humains qui se sont succédé au Proche-Orient.

En 1948,
lors de la guerre israélo-arabe qui aboutira à la naissance de l'État
d'Israël, environ 140 000 Palestiniens se sont réfugiés au Liban.
L'arrivée d'une main d'œuvre
peu exigeante et d'une bourgeoisie entreprenante était une aubaine pour
le pays, mais une grande majorité des réfugiés est logée dans des camps
de l'ONU. Cette population, musulmane
à 80 %, s'installe dans le long terme au Liban, et fragilise la
convention nationale. Très mal vus par les chrétiens, leur droit de
circulation et leur activité politique sont restreints...

Les déséquilibres économiques


La présence de travailleurs palestiniens ou syriens permanents ou temporaires assure aux entrepreneurs un volant de main d'œuvre
à bon marché, mal protégée, remplacée régulièrement, et 10 % de la
population active est au chômage en 1970, au plus fort du succès
économique libanais.

Les inégalités sociales et économiques présentent un double caractère
régional et confessionnel. La communauté chiite est la plus pauvre,
tandis que les fortunés se trouvent chez les Grecs orthodoxes et que les classes moyennes sont chez les maronites.
Dans les années 1970 le Liban traverse une crise socio-économique. En
cause, l'absence d'une politique de redistribution des richesses et de
protection des salariés. Les clivages communautaires sont souvent dépassés par la misère et la prolétarisation, et la mobilisation syndicale et politique s'amplifie.

Les forces politiques au pouvoir : le clientélisme


Au Liban, la société refuse la laïcité,
les relations personnelles sont préférées à l'anonymat de
l'administration. Dans ce cadre, les forces politiques qui dominent la
scène libanaise ne sont pas des partis au sens moderne du terme, mais plutôt des rassemblements autour d'un notable, épaulé par ses hommes de main, les abadays,
recrutés sur une base communautaire et locale. Les affrontements
politiques tournent donc le plus souvent autour d'une rivalité de clans.

Ce système est une porte ouverte à la corruption
car les loyautés diverses sont d'abord familiales et locales, ensuite
régionales. Chaque décision passe par un consensus entre les dirigeants
qui doivent s'assurer du soutien de leur communauté respective. Les
politiques ne se limitent pas au partage du pouvoir : la gestion des
entreprises publiques est confiée aux partisans et aux proches.

Les années 1970 voient fleurir quelques partis politiques
« modernes », dont deux jouent un rôle fondamental à partir des années
1950, ils représentent le fossé qui s'est ouvert entre les Libanais. Le
parti socialiste progressiste de Kamal Joumblatt — un notable druze — dont l'idéologie laïcisante et égalitariste habille une organisation quasi féodale dans un langage marxiste, tandis que le parti Kataëb (Phalanges) devient le premier du pays en 1975, avec 80 000 adhérents. Fondé par Pierre Gemayel en 1936, sur le modèle non pas idéologique, mais organisationnel des partis fascistes européens, il mobilise les couches moyennes maronites autour d'objectifs sociaux et de la défense du Liban chrétien.

Crise libanaise de 1958


Article détaillé : Crise libanaise de 1958.
La montée des périls (1966-1975)


À partir de la fin des années 1960, la vie politique libanaise est entachée d'affaires de corruption
généralisée des fonctionnaires contraints de démissionner par dizaines;
ainsi que par les désaccords sur les thèmes de politique extérieure et
de traitement de la résistance palestinienne. La classe dirigeante subit
des conflits internes, l'enjeu de cette agitation étant le partage des
positions de pouvoir. Les mouvements se radicalisent, et la tension
grimpe.

Les libanais conservateurs chrétiens craignent pour la cohésion nationale, alors que les arabo-palestino-progressistes,
pour la plupart musulmans, sont solidaires de la résistance. Les
milices commencent à s'armer massivement, le clan pro-arabe étant
soutenu par les Palestiniens, alors que les libanais chrétiens se tournent vers l'Occident. Des vagues d'affrontements commencent, elles opposent les phalangistes libanais aux Palestiniens et au mouvement national.

Le problème palestinien


Après la guerre des Six Jours et l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza par Israël en 1967, puis la terrible répression jordanienne contre les fedayins palestiniens en septembre 1970 — connu sous le nom de Septembre noir —, la résistance palestinienne au Liban devient le foyer du sentiment panarabe
et révolutionnaire. De nombreux jeunes Libanais de toutes confessions,
venus des mouvements de gauche, suivent l'enseignement militaire et
idéologique des camps palestiniens, tandis que l'hostilité envers les
Palestiniens s'étend dans la droite maronite1.

Les camps de réfugiés servent de base d'entrainement militaire, et plusieurs centaines de fedayins lancent des opérations commando contre la frontière nord d'Israël,
ou même des actions terroristes à l'étranger. Face à la résistance qui
s'organise, Israël multiplie les opérations en territoire libanais: on
en a compté 3 000 entre 1968 et 1974; par un cercle vicieux, ces
représailles alimentent le sentiment anti-israélien et pro-palestinien
d'une grande partie des Libanais2.
Israël exige du Liban qu'il assure la paix sur la frontière en
contrôlant l'activité des Palestiniens sur son territoire, mais le Liban
est trop faible pour résoudre le problème.

L'armée libanaise tente en 1969 de reprendre par la force le contrôle des camps, mais elle échoue. Un compromis est trouvé avec la signature des Accords du Caire sous l'égide de Nasser, en 1969, entre Yasser Arafat — commandant de l'OLP — et le général Emile Boustani, commandant en chef de l'armée. L'extraterritorialité des camps des fedayins
est reconnue. Cet arrangement est voté par le parlement libanais, mais
son texte est tenu secret, car il est contraire au plein exercice de la
souveraineté libanaise3.
En effet, cet accord consacre le droit des fedayins à mener, à partir
du territoire libanais, des opérations militaires et des attaques dans
le cadre de leur lutte nationale armée et tout en respectant, ajoute le
texte, la souveraineté de l'État libanais. Cette véritable entorse à la
souveraineté va transformer le pays du Cèdre en marionnette des
puissances arabes de la région, et va permettre aux Palestiniens de s'y
organiser militairement, et de créer un véritable État dans l'État.

À la différence des États arabes voisins, au pouvoir fort, qui
n'hésitent pas à traiter le problème palestinien de manière radicale, la
présence des réfugiés palestiniens au Liban et surtout la lutte de l'OLP contre Israël deviennent le point principal de désaccord entre les deux grands blocs. L’OLP
va profiter de l’environnement démocratique existant au Liban, ainsi
que de la nature multiconfessionnelle fragile du pays lui permettant de
donner au conflit un habillage inter-libanais et rendant impossible la
maîtrise de la présence palestinienne au Liban.

On peut diviser la guerre civile libanaise en deux grandes phases
séparées par l'intervention israélienne de 1982. De 1975 à 1982, une
coalition à dominante maronite, le Front libanais, s'oppose à une
coalition "palestino-progressiste" à dominante musulmane dont la
principale force armée, l'OLP, est palestinienne. L'intervention
israélienne élimine du jeu l'OLP, dont la direction est évacuée vers la Tunisie,
tandis que la mort de Bachir Gemayel et d'une partie de son état-major
affaiblit le camp chrétien. La seconde phase (1982-1990) est marquée par
l'échec des forces d'interposition occidentales, la montée en puissance
des partis chiites, Amal et Hezbollah, le retrait progressif des
troupes israéliennes, et enfin par le recours à la Syrie, accepté ou
refusé par les différents partis libanais.

La guerre du Liban : première phase (1975-1982)


La « guerre de deux ans » (1975-1976)


La violence devenait déjà commune au Liban, mais on dit généralement que la guerre civile commença le 13 avril 1975. Le matin, lors de l'inauguration d'une église dans la banlieue ouest de Beyrouth, des tirs provenant d'une voiture envoyée par le Parti social nationaliste syrien (PSNS) tuent le garde du corps de Pierre Gemayel
pour venger la mort et la torture dans les prisons infligés par ce
dernier aux prisonniers du PSNS. L'après-midi, les mitrailleurs des phalanges libanaises (Kataëb)
attaquent un bus passant dans la même rue, et tuent 27 travailleurs
palestiniens. La spirale vers le chaos s'amplifie vite. Le « samedi noir »,
quand quatre chrétiens sont trouvés tués à coups de hache en décembre
1975, des phalangistes enragés par la mort de leurs compagnons tuent
près de 600 musulmans près du siège de leur parti.

Embuscades, guérilla urbaine entre kalachnikov
et M-16, tirs de francs-tireurs non identifiés sont bientôt suivis par
l'entrée en lice de canons et de lance-roquettes. Les camps de réfugiés
qui encerclent la ville sont la cible privilégiée des Kataëbs ; les Palestiniens répliquent en attaquant la ville de Damour (janvier 1976), et massacrent la plupart de ses habitants chrétiens.

Toute cette époque est marquée par des pillages et des destructions
qui touchent même les grandes banques de la capitale. Beyrouth est vite
divisée le long de la fameuse ligne verte. Cet état des choses se prolonge pendant les 17 années suivantes.

L'intervention syrienne


En 1976, la Syrie impose un cessez-le-feu et propose un rééquilibrage du partage des pouvoirs entre communautés.

Cette même année, le président syrien Hafez el-Assad
ordonne l'entrée de troupes et de blindés au Liban dans le but de
« préserver le statu quo et mettre en échec les ambitions des
Palestino-progressistes ».

Grâce à l'intervention militaire et diplomatique des puissances
régionales arabes, le président libanais et le chef de l'OLP sont
convoqués à Riyad cette même année. Ils sont invités par l'Arabie saoudite et l'Égypte à reconnaître la légitimité de la présence des troupes syriennes au Liban, et l'officialisent par la mise en place de la Force arabe de dissuasion (FAD).

Le Liban déchiré et l'intervention armée des États voisins


Dans un pays de plus en plus divisé, le problème central demeure
celui de la restauration de l'autorité de l'État : en réalité, le
président n'exerce son autorité que sur 400 km2 autour du palais présidentiel.

Tandis que la Syrie fait régner un ordre minimal dans le Nord et la
Bekaa, au prix d'une lourde taxation sur toutes les productions, y
compris la culture du haschich ; les milices jouissent d'une liberté proche de l'anarchie,
et les rivalités sont souvent résolues de manière expéditive comme en
témoigne l'assassinat en 1977 du chef charismatique du mouvement
national, Kamal Joumblatt.

Dans la zone du Liban chrétien, pouvoir militaire et pouvoir
politique sont unifiés par étapes au prix de sanglants affrontements
dont les Kataëb sortent vainqueurs. Désormais, Bachir Gemayel
préside au commandement de la milice de la région, les Forces
libanaises, et substitue sa loi à celle de l'armée et de la police. Il
est partisan d'un Liban fédéré, placé sous le signe du « pluralisme
culturel », c'est-à-dire de la décentralisation culturelle,
administrative, voire politique.

Les Kataëbs multiplient les contacts avec Israël, qui leur fournit
équipements militaires et conseils. Avec ses ports et ses services de
douane, avec ses impôts, ses services sociaux et ses coopératives, la
zone chrétienne constitue la « région libérée » à partir de laquelle le
jeune Bachir compte se lancer à la reconquête de tout le Liban.

« Ni guerre ni paix » (1977-1982)






Beyrouth en 1978


Cette présence militaire souffle sur les braises et enferme les Libanais dans des luttes internes. Le Liban écarte Raymond Eddé
de la présidence, car il avait fait du départ des troupes étrangères le
premier point de son programme. Les efforts pour rétablir l'entente
nationale ne progressent pas, et de violents affrontements opposent l'armée syrienne aux milices chrétiennes en 1978. Des violences se produisent aussi entre factions chrétiennes, comme en juin 1978, l'assassinat de Tony Frangié, chef de la "Brigade Marada" (en), par les Forces libanaises.

En mars 1978, dans le Sud, le gouvernement Israélien, suite aux
nombreuses attaques sur les villes du nord d'Israël organisées par l'OLP
depuis le Liban, décide d'une offensive dans le Sud du pays, c'est l'opération Litani. Elle vise à repousser les milices palestiniennes au nord du pays et s'emparer de la rivière Litani. Après plusieurs semaines en territoire libanais, les troupes israéliennes se retirent partiellement, laissant la région à l'Armée du Liban Sud.

Les intérêts stratégiques provoquent un triple affrontement au printemps de 1981 : d'abord entre la FAD et les Kataëb qui cherchent à occuper Zahlé et à inclure la ville dans leur zone de contrôle, puis entre la Force arabe de dissuasion (FAD) et l'aviation israélienne qui fournit un appui aérien aux Kataëb contre les hélicoptères de l'Armée de l'air syrienne. Israël et la Syrie semblent à la veille d'un affrontement direct total. Mais un cessez-le-feu américain a pris place.

L'intervention israélienne de 1982 et ses conséquences


« Paix en Galilée » (juin 1982)


Article détaillé : Intervention militaire israélienne au Liban de 1982.




Équipe anti-char de l'armée syrienne armée de missiles Milan durant la guerre de juin 1982.


Le 3 juin 1982, un commando de l’organisation activiste palestinienne Abou Nidal tente d'assassiner l'ambassadeur israélien à Londres, Shlomo Argov, le blessant grièvement. Le lendemain, l’armée israélienne bombarde au Liban des camps de l’OLP,
en représailles contre l’attentat, dans lequel l’organisation de Yasser
Arafat n’était pas impliquée (Abou Nidal et l’OLP étant en conflit
depuis 1974). Très vite la situation se dégrade : l’OLP réplique par des
tirs de roquettes sur le Nord d’Israël, entraînant de nouveaux
bombardements de ses positions par Tsahal. Le 6 juin, l'armée israélienne déclenche l’opération Paix en Galilée
et entre au Liban, avançant jusqu'à Beyrouth. Le conflit fait de très
nombreuses pertes civiles, et provoque un nouveau chaos au Liban.

Les troupes de Tsahal traversent les lignes tenues par la FINUL, force d'interposition placée par l'ONU, franchissent la ligne des 40 km nord initialement annoncée comme objectif limite par le ministre de la Défense Ariel Sharon et atteignent la capitale, où ils font leur jonction avec les Forces libanaises de Bachir Gemayel. Les forces armées syriennes,
qui déployèrent essentiellement leur aviation et leurs unités de
défense antiaériennes face à l'armée israélienne s'effondrent avec des
pertes énormes4.

Environ une semaine après le début de leur invasion, les Israéliens
commencent le siège de Beyrouth Ouest (où habitent 200 000 civils) où
l'OLP trouvait refuge au milieu de la population civile. Le sud de la
ville, où les fedayins palestiniens avaient trouvé refuge, fut exposé à
des bombardements quasi-constants. Le 21 août, suivant un accord
américain, l'OLP quitta Beyrouth sur des navires de la Marine nationale française
sous surveillance internationale. Beaucoup interprétèrent cette
évacuation comme la victoire maronite de la guerre. Le leader des
phalangistes Bachir Gemayel, considéré comme l'homme fort du Liban, fut élu président.

Sabra et Chatila


Article détaillé : Massacre de Sabra et Chatila.
Trois semaines plus tard, une énorme bombe fut placée dans le quartier général
phalangiste, tuant Bachir et 60 de ses partisans. Cet attentat non
revendiqué déclencha la colère des phalangistes contre les Palestiniens,
d'abord soupçonnés. Par la suite, un Libanais, Habib Chartouni, fut arrêté sous de sérieuses présomptions. Il était membre du Parti social nationaliste syrien,
favorable à l'union du Liban à la Syrie, et hostile à Israël; mais ce
parti n'a pas revendiqué l'attentat, ou tout du moins a nié l'avoir
commandité; Chartouni est resté en prison sans jugement jusqu'à son
évasion en 1990. Les services secrets syriens aussi bien qu'israéliens
ont été aussi mis en cause dans cet assassinat, sans véritable preuve.

Après l'évacuation de Beyrouth par l'OLP, plusieurs centaines de
milliers de civils palestiniens restés sur place se trouvent brutalement
privés de protection et d'encadrement.

Les milices libanaises phalangistes entrent dans les camps pour les
« nettoyer » des combattants palestiniens. Les Israéliens devaient
contrôler le périmètre des camps de réfugiés et apporter un soutien
logistique alors qu'une section des phalangistes dirigée par Elie
Hobeika aurait pour mission d'entrer dans les camps, de trouver les
combattants afin de les livrer aux Israéliens.

Le 15 septembre, l'armée israélienne avait complètement encadré les
camps et contrôlait tout accès, tout en mettant en place des postes
d'observation sur les toits d'immeubles avoisinants.

Durant les deux nuits suivantes, l'armée israélienne illumina les camps à l'aide de fusées éclairantes, permettant aux phalangistes d'entrer dans les camps[réf. nécessaire] de réfugiés de Sabra et Chatila
situés à la sortie de Beyrouth pour punir les « terroristes »
palestiniens. Au cours de deux jours de massacres violents, les
phalangistes tuèrent entre 700 et 3500 civils selon les sources, parmi
eux des femmes et des enfants.

Quelques heures après l'entrée des phalangistes dans les camps, le
chef des services de renseignements de Tsahal reçoit une information
parlant de 300 morts à Sabra et Chatila. Aucune confirmation ne peut
être obtenue. Des rumeurs analogues, d'un massacre en cours dans les
camps, commencent à circuler; Israël affirme que tout cela semblait trop
vague pour justifier une intervention.

Pendant ce temps, le commandant de la région nord de Tsahal rencontre
le commandant en chef de l'armée régulière libanaise. Il tente de le
persuader que l'armée libanaise doit entrer dans les camps palestiniens.
Il l'adjure de parler en ce sens au premier ministre du Liban. "Vous savez ce que les Libanais sont capables de se faire les uns aux autres", dit-il. "C'est important, vous devriez agir maintenant." La réponse sera négative.

La question de savoir si l'armée israélienne a directement pris part au massacre est controversée.[réf. nécessaire]
La seule enquête israélienne officielle dont la conclusion a été rendue
publique en février 1983 faite par une commission israélienne dirigée
par Itzhak Kahane, le chef de la Cour suprême a conclu à la
responsabilité des phalangistes et à la responsabilité indirecte d'Ariel
Sharon.

Économie de la guerre civile


Une guerre coûteuse


Au début de la guerre, le Front libanais (maronite) regroupe
plusieurs milices : la Phalange de Pierre Gemayel aligne 15 000 hommes,
les "Tigres" de Camille Chamoun, 3 500 ; en face, le PSP de Kamal
Joumblatt, principale force du camp palestino-progressiste, n’a guère
que 3 000 combattants ; la gauche est donc en nette infériorité jusqu’à
l’entrée en action de l’OLP au début de 1976, qui renverse la balance 5.
Les contributions volontaires des grandes familles maronites, chiites
ou druzes sont rapidement insuffisantes pour financer la guerre : dès
1976, la milice phalangiste procède au pillage du port de Beyrouth,
ramassant un butin estimé entre un et deux milliards de dollars ; peu
après, les phalangistes et les milices palestino-progressistes
s’entendent pour piller le centre-ville et les souks de la capitale,
avec un butin comparable ; les coffres-forts des banques sont également
dévalisés ; à ces grandes opérations, s’ajoute un racket quotidien de
familles aisées, une "fiscalité milicienne" sur les échanges et une
contrebande massive, échappant aux douanes officielles ; le trafic de
drogue représenterait seul entre 0,7 et 1 milliard de dollars par an6. Les arsenaux de l’armée régulière sont vidés à plusieurs reprises au bénéfice des milices7.

Prise d'otages


La prise d’otages devient aussi une véritable industrie, obéissant
aux motivations les plus variées : extorquer une rançon, faire libérer
un parent ou partisan prisonnier, intimider ou se venger d’une famille
adverse ; selon un recensement fait en 2000, il y aurait eu 17 000
Libanais disparus définitifs par enlèvement pendant la durée de la
guerre civile ; les enlèvements d’étrangers, surtout occidentaux, ne
débutent qu’en 1984 et sont beaucoup moins nombreux (98 personnes de
1984 à 1990)8.

Financements étrangers


À ces ressources "nationales" s’ajoutent des aides étrangères,
nombreuses et variées, en fonction des calculs idéologiques ou
stratégiques des différentes puissances. L'ALS,
forte de 3 000 hommes en 1990, est directement financée par Israël. Le
Hezbollah reçoit de l’Iran, à partir de 1982-1983, un montant évalué
entre 849 et 10010
millions de dollars par an. Les milices palestino-progressistes sont
financées par l’OLP, la Libye (PSP et Mourabitoun sunnites) et la Syrie
(Amal) 11.

Un moyen de redistribution


Comme le résume Georges Corm, "les partis et leurs milices ont
constitué, pour les opportunistes et les ambitieux de tous bords, des
instruments de promotion sociale rapide12"
.L’argent
des milices est aussi un moyen de redistribution sociale, d’abord vers
les familles des miliciens pour qui il est le seul revenu stable dans
une période de crise économique13, puis vers des populations sympathisantes. C’est le Hezbollah
chiite qui poussera le plus loin cette logique de redistribution vers
une communauté traditionnellement déshéritée, s’assurant ainsi sa
fidélité durable14.

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Re: Guerre du Liban

Message par Invité le Ven 24 Mai - 11:44

La guerre du Liban : seconde phase (1982-1990)


Le mandat d'Amine Gemayel


Amine Gemayel
succède à son frère à la tête de l'Etat et rappelle la force
multinationale à Beyrouth. Son sexennat commence sous le signe de
l'espoir. Plusieurs passages sont ouverts entre les deux parties de
Beyrouth, et de nombreux émigrés reviennent et avec eux, de l'argent et
des projets.

Les États-Unis offrent un soutien financier pour la reconstruction de l'administration, des infrastructures et de l'armée.
Un accord est signé stipulant la fin de l'état de guerre et un retrait
israélien conditionné par un retrait simultané des forces palestiniennes
et syriennes. Amin Gemayel a d'ailleurs dissous le commandement de la
FAD le 31 mars.

Le gouvernement du président Gemayel fait peu de cas de l'opposition
de Damas à ses négociations avec Israël, et le général Assad choisit
d'appuyer par tous les moyens les forces d'opposition qui se mobilisent.
Le chef de l'OLP, Yasser Arafat,
revient au Liban avec un petit groupe de combattants, et s'engage dans
des affrontements contre des Libanais et des Palestiniens dissidents
soutenus par la Syrie, mais il doit quitter le Liban en décembre 1983.

La « guerre de la montagne » (1982-1984)


Les affrontements eurent aussi lieu dans les montagnes du Chouf.
Habitée par des druzes, des sunnites et des chrétiens, la région avait
jusque là été épargnée par la guerre. Les miliciens phalangistes
harcèlent les civils druzes. Bien vite, des représailles puis des
violences religieuses éclatent. Le gouvernement menace d'envoyer
l'armée, mais les druzes refusent, craignant que les troupes ne
s'allient avec les phalangistes.

Le leader druze Walid Joumblatt
bombarde alors l'aéroport de Beyrouth et attaque les positions de
l'armée libanaise dans la ville. Quand les Israéliens se retirent de la
montagne, l'armée rejoint les phalangistes contre les druzes et la
milice chiite, Amal. Les druzes gagnent la partie avec le soutien de l'URSS.
Des milliers de civils maronites sont contraints à partir en exil, sous
crainte d'être massacrés, jusqu'à ce que les Américains, dans leur élan
anti-soviétique, bombardent les positions druzes et négocient un
nouveau cessez-le-feu.

La renaissance chiite


Article détaillé : Hezbollah.
Les chiites,
largement évincés de la lutte sunnito-maronite pour le pouvoir et
ignorés par le gouvernement avaient toujours été les parents pauvres du
Liban. Concentrés au sud et dans la Bekaa, ils avaient subi les attaques
dans les raids israéliens contre les Palestiniens, et transformés en
réfugiés, concentrés dans la banlieue de Beyrouth.

La Révolution islamique iranienne avait eu un profond écho dans cette population humiliée. Ses leaders religieux appartenaient à des lignées imamites liées, par parenté ou enseignement, à celles d'Iran et d'Irak: ainsi l'imam Moussa Sadr, né à Qom en Iran, et Mohammad Hussein Fadlallah, né à Nadjaf
en Irak: à partir du milieu des années 1970, ils sortent de leur
neutralité politique traditionnelle pour appeler à la lutte contre
l'oppression15.
Leurs disciples commencent à prêcher et à entraîner les plus démunis.
Le terrain était fertile pour un message rejetant l'impérialisme
occidental, et sa volonté de lutter pour sa cause transforma le
"mouvement des déshérités", futur Hezbollah, en une véritable force de
résistance libanaise qui, gagnant en popularité dans l'ensemble des
communautés du Liban, engagea la lutte contre l'occupant israélien et
contre ceux qu'il considérait comme ses soutiens.

Le premier attentat-suicide au Liban, avec un véhicule piégé, avait été commis le 15 décembre 1981 contre l'ambassade irakienne à Beyrouth: l'Irak de Saddam Hussein était alors engagé dans la guerre contre la République islamique d'Iran (Guerre Iran-Irak) tout en réprimant durement son opposition chiite. Cet attentat est attribué au Dawaa,
parti chiite irakien à l'origine mais qui avait développé des branches
au Liban et dans la Péninsule arabique et dont plusieurs membres
rejoindront le Hezbollah16





Vue de l'ambassade américaine 3 jours après l'attentat.


Les forces internationales arrivèrent à Beyrouth en 1982. Toutefois, les Américains étant considérés comme des alliés d'Israël, l'opposition se renforça. En avril 1983, un attentat-suicide contre l'ambassade américaine tua 63 personnes et laissa 100 blessés. Deux attentats suicides simultanés revendiqués par le Jihad islamique [réf. nécessaire]
causèrent la mort de 256 marines (attaque du QG américain sur
l'aéroport international de Beyrouth) et 58 militaires français (attaque
du poste Drakkar). C'est la première fois que des attentats-suicides sont utilisés à telle échelle, et cette tactique sera bientôt imitée et utilisée à très grande échelle par les Tigres Tamouls au Sri Lanka. Cette première campagne d'attentats-suicides est revendiquée par le Hezbollah, alors une petite organisation chiite17. La force multinationale battit en retraite en février 1984.

Le 9 avril 1985, Sana Khyadali, membre du Parti social nationaliste syrien, parti laïque alors allié au Baas syrien et au Parti communiste libanais, devient la première femme à faire un attentat-suicide, contre un poste de Tsahal, qui fait quatre morts17.

L'ébauche d'une solution mettant fin à la guerre est longtemps bloquée par le désaccord de fond sur les priorités à observer.
La gauche et les chiites réclament l'abandon du communautarisme
politique et revendiquent un pays uni, et les chrétiens refusent
d'envisager l'avenir à l'ombre des troupes étrangères. Cependant, le
vrai pouvoir est encore entre les mains des milices.

La « guerre des camps » (1985-1988)


De mai 1985 à février 1987, la milice Amal, appuyée par la Syrie,
entreprend d'éradiquer l'organisation de l'OLP au Liban : les camps de
Sabra, Chatila et Bordj el Barajneh sont assiégés, bombardés, privés de
nourriture et de médicaments. « Les terroristes arabes poursuivent
l’œuvre de Sharon » déclare Yasser Arafat. Plusieurs membres d'Amal,
désapprouvant cette guerre inter-arabe, quittent cette organisation pour
passer au Hezbollah. La « guerre des camps » fait plusieurs milliers de
morts palestiniens et libanais, Sabra est totalement détruit, Chatila à
85 %, Bordj el Barajneh à 50 %. En juin-juillet 1988, des groupes
palestiniens dissidents, appuyés par la Syrie, achèvent de déloger l'OLP
de Chatila et Bordj el Barajneh (en)18.

La guerre inter-chiite (1988-1989)


Les deux mouvements chiites montrent une divergence de plus en plus
marquée. Amal, s'alignant sur la politique syrienne, donne la priorité à
l'éradication de l'OLP et à un nouveau partage du pouvoir central,
alors que le Hezbollah se fixe toujours comme but la lutte contre
l'occupant israélien. Mais les deux mouvements sont aussi rivaux pour
prendre le contrôle des régions du Sud à mesure du retrait israélien19 .

Dès 1985-1987, des tensions opposent le Hezbollah aux services
syriens qui cherchent à entraver l'action des Gardiens de la Révolution
iraniens dans leur zone d'influence. En mars 1988, l'enlèvement d'un
officier américain de la FINUL sert de prétexte à une offensive d'Amal
qui cherche à déloger le Hezbolah de Beyrouth et de Saïda20.
Une guerre éclate, qui fera plusieurs centaines de morts, entre les
deux mouvements chiites: conflit fratricide puisque les hommes des deux
côtés viennent souvent des mêmes groupes, voire des mêmes familles; Hassan Nasrallah,
futur secrétaire général du Hezbollah, combat du côté de ce mouvement,
tandis que son frère Jihad al-Huseyni commande une unité d'Amal dans les
combats de Beyrouth21. Ce conflit se conclut par un accord en novembre 1990, partageant les pouvoirs et les territoires entre les deux partis22.

L'appel à la Syrie et la résistance du général Aoun


Vers septembre 1988, le mandat d'Amine Gemayel
est sur sa fin, et le vote des députés pour un nouveau président est
empêché par les milices. Gemayel demande alors à son chef d'état major, Michel Aoun de tenir un gouvernement militaire d'intérim. La position indépendantiste d'Aoun était mal vue tant à Damas qu'à Washington,
et les Syriens se sont opposés à sa nomination. Gemayel nomma aussi
trois officiers chrétiens et trois autres musulmans pour servir sous les
ordres de Aoun, mais les musulmans ont refusé de rejoindre leurs
postes, formant leur propre gouvernement dans Beyrouth-Ouest.

Aoun, décidé à chasser les troupes syriennes du Liban, lance une
"Guerre de Libération" contre l'armée d'occupation syrienne, dont les
affrontements s'étendent en 1989. La France commence, à ce moment, à
fournir de l'aide humanitaire aux deux parties ; mais étant donnée son
amitié traditionnelle avec les maronites, ce geste parait suspect aux
yeux des musulmans.

L'accord de Taëf (1989)


Article détaillé : Accord de Taëf.
Une tentative de restaurer la paix eut finalement lieu à l'automne 1989. Les efforts politiques d'un comité composé du roi Hussein de Jordanie, du roi Fahd d'Arabie saoudite, et du président Chadli Ben Jedid d'Algérie ont abouti à un cessez-le-feu exhaustif et à une rencontre parlementaire pour discuter d'une « réconciliation nationale ».

L'assemblée nationale se rencontra à Taïf en Arabie saoudite. Quelques amendements pour rétablir l'équilibre du partage du pouvoir furent ratifiés le 5 novembre 1989. René Moawad fut élu président, mais fut assassiné seulement 17 jours plus tard. Pour éviter de nouveaux affrontements, le parlement élit immédiatement Elias Hraoui à sa place.

Devant l'opposition d'Aoun les affrontements éclatèrent encore, cette
fois entre Aoun et les milices chrétiennes qui désapprouvaient sa
position. En reconnaissance de son soutien durant la guerre du Golfe, les États-Unis autorisèrent la Syrie à intervenir auprès de l'armée libanaise pour se débarrasser du général Aoun. Avec la chute du général Aoun après une offensive syro-libanaise le 13 octobre 1990, à l'exception du sud toujours occupé, s'ouvrit la première période de paix durable au Liban depuis 15 ans.

Plus tard la même année, la Syrie formalisa son influence sur la
politique libanaise avec la signature des traités de fraternité,
coopération et coordination, et d'un accord de défense. Nombreux sont
les Libanais, en particulier chrétiens, qui y voient l'établissement
d'un protectorat syrien sur leur pays et récusent du coup la légitimité du nouveau régime. Mais, les accords ont tenu.

Prenant position par étapes dans toutes les régions du pays, l'armée
libanaise, aidée par les troupes syriennes, confisque leurs armes
lourdes aux milices. Le sud reste provisoirement occupé par Israël à travers la milice de l'Armée du Liban Sud. Les bases palestiniennes restent au Sud, et le Hezbollah est autorisé à garder ses armes pour combattre l'occupation.

Au bout du compte, les violences de la guerre civile et religieuse libanaise auraient fait 150 000 morts, 17 000 disparus et des centaines de milliers d'exilés et de déplacés.[réf. nécessaire]

La reconstruction du Liban sous la tutelle de la Syrie (1990-2005)


La scène politique


En 1992 eurent lieu les premières élections législatives depuis 1972, dans une atmosphère de manipulation, de frustration et d'abstention. Rafiq Hariri sort vainqueur des élections et fut désigné premier ministre. Il commença à étudier la reconstruction du pays. Il tenta également de restaurer l'équilibre rompu par le boycott
des élections par les chrétiens en attirant plus de chrétiens dans le
gouvernement tout en souhaitant les avoir sous sa main "politique". Il
fut arrêté à la fois par les Syriens et par le président Hraoui.

Démarrage de la reconstruction


De 1975 à 1990, le Liban a connu de profonds bouleversements, dont une détérioration considérable du tissu industriel et des infrastructures.
La vague d'optimisme créée autour de la reconstruction dénote une
volonté politique de rebâtir le Liban sur de nouvelles bases. L'État
libanais se trouve confronté à une tâche extrêmement ardue. Face à ce
défi, il confie le dossier au Conseil pour le développement et la
reconstruction (CDR). Cet organisme créé en 1977 a établi, en mai 1991,
une étude exhaustive de planification pour la reconstruction.

Parallèlement, le gouvernement de Rafik Hariri a établi un plan de
redressement économique à court terme et un autre à moyen terme. Le
projet, sur 25 ans, prévoit dans un premier temps de restaurer
l'infrastructure sociale et économique, puis d'effacer définitivement
les séquelles de la guerre. Enfin, le développement à long terme de l'économie libanaise, sert de cadre à une croissance équilibrée et déboucher sur un aménagement optimal du territoire.

La pierre angulaire de cette vaste opération, dont les besoins sont
évalués à 10 milliards de dollars, est la reconstruction du centre-ville
de Beyrouth. La capitale est en effet un symbole particulièrement
mobilisateur de la restauration de l'État et de sa souveraineté.

Le plan actuel de reconstruction de 160 hectares dans le centre-ville
séduit par son souci d'efficacité et de rapidité, puisque tous les
biens-fonds sont rassemblés et gérés par un opérateur unique, dégagé de
toute contrainte de type administratif. Il séduit également par la
perspective de voir affluer des capitaux arabes pour participer aux
opérations de promotion immobilière.

Le projet souleva des problèmes axés sur deux questions principales :
la confusion de l'intérêt privé et de l'intérêt public, et le respect
de la propriété privée.
De plus, ce plan de reconstruction, infesté par l'affairisme attenant
au gouvernement libanais en place (M. Hariri, Premier ministre, a
possédé en propre jusqu'à 11 % de cette société...), fut un échec
social. La couche la moins favorisée de la société libanaise (une
majorité au sortir de la guerre civile) a mal vécu cette reconstruction,
non pas sur le fond, mais la forme. En effet, de nombreux cas de
familles expulsées d'immeubles à démolir par Solidère n'ont pas été
relogées, ou très mal. L'ampleur de la polémique s'est atténuée progressivement à partir du 10 janvier 1994,
lors de la clôture de l'opération de souscription aux actions de la
Société libanaise pour le développement et la construction du
centre-ville de Beyrouth, Solidère.

Le montant global des vingt mille souscripteurs a atteint 926
millions de dollars, dépassant la demande de 650 millions définie par la
société foncière. La part des Libanais est de 600 millions, le reste
constitue celle des souscripteurs arabes, saoudiens en majorité.

Le retour au calme dans la majeure partie du pays n'est pas la seule
condition pour un redémarrage économique, ce dernier reste largement
tributaire de la situation politique. En outre, il ne faut pas oublier
que le Liban a perdu une grande partie de ses atouts économiques
intérieurs et extérieurs, la conjoncture régionale est très délicate
avec une évolution vers l'instauration d'une paix au Moyen-Orient,
de plus que d'autres acteurs, dont Israël avec ses compétences et son
industrie, sont présents dans la lutte pour la survie économique ;
d'autre part, la conjoncture régionale paraît défavorable en raison de
la baisse des revenus pétroliers.

Le redémarrage économique, plus lent que celui des la fin des années
1970, a cependant eu des effets durables: le Liban a le meilleur revenu
par habitant parmi les pays arabes non pétroliers. Pilotée par quelques
grandes familles enrichies à l'étranger (en particulier Hariri et Mikati) et qui réinvestissent leurs capitaux au Liban, la reconstruction a renforcé le caractère clientéliste du système social.

Des indicateurs favorables


À la suite de la réconciliation politique. Pour la première fois depuis des années, le PIB augmente de 12 à 15 % du début à la fin du premier semestre de 1991. La récupération des droits fiscaux, notamment des taxes douanières, permettent de réaliser des recettes considérables.

Cependant, le retard des aides et les difficultés du recours au
financement externe de la reconstruction limitent l'investissement
public. Dans ce contexte, la dette publique s'accroît considérablement.

De son côté, le cours de la monnaie
libanaise connaît une nette stabilisation après des années de chutes
brutales. Les réserves en devises ont plus que triplé entre le début et
la fin de l'année 1991 grâce aux rapatriements de la moitié des capitaux
libanais placés à l'étranger, et aux placements des investisseurs
arabes, notamment dans le secteur de l'immobilier.

Les retombées sociales de la guerre


Les pouvoirs publics multiplient leurs interventions et leurs
dépenses au moyen d'une série de mesures improvisées. Ce gaspillage des
ressources et des capacités, aboutit à une aggravation des difficultés
sociales qu'on était supposé combattre. En 1994
les problèmes sociaux sont extrêmement graves. Les prix des services ne
subissent aucune baisse significative, bien au contraire, ils
enregistrent une relative hausse.

Le revenu moyen est faible23, et les distorsions sont très profondes puisque l'inflation touche beaucoup plus les salaires et les rentes
fixes que les revenus mobiles ou provenant des ventes. Cette situation
est à l'origine de tensions qui se manifestent à propos de l'emploi des
jeunes. De même, on assiste à l'apparition d'un important chômage déguisé.

Le déplacement de neuf cent mille personnes depuis le début de la
guerre a causé de graves déséquilibres dans les régions d'accueil,
aboutissant à la squattérisation d'espaces non destinés au logement :
bureaux, écoles, hôtels, hôpitaux. Les efforts déployés durant l'année
1993 ont abouti au retour dans la Montagne, le Nord et la Bekaa
d'environ 80 000 personnes déplacées à Beyrouth. Cependant, le problème
n'est toujours pas résolu.

Le domaine de la santé et le secteur hospitalier en particulier ont
pu maintenir et même développer de très bonnes structures malgré la
crise ; le nombre de médecins s'accroît.

Cependant les faiblesses du pays d'avant guerre se sont aggravées,
notamment en ce qui concerne les secteurs de l'éducation et de
l'administration.

L'éducation a connu une nette dégradation à la suite de la baisse des
revenus des enseignants. Le secteur privé a mieux résisté aux
difficultés que le public, mais l'enseignement au Liban n'est conçu que
sur une base académique, en rupture totale avec les besoins économiques,
et les enseignements universitaires et techniques sont encore dispensés
sans aucun contact avec les secteurs de production.

La productivité
du secteur public s'est affaiblie. L'administration publique souffre de
handicaps dans le domaine du personnel. Le manque d'effectifs dans
certains secteurs est considérable; en revanche, on assiste à une
pléthore de main d'œuvre dans d'autres secteurs.

Ce
constat alarmant a incité le gouvernement Hariri à déclencher une
« opération d'épuration ». Néanmoins, la réussite n'a été que partielle,
puisque chaque camp au pouvoir a tenu à protéger les siens. En outre,
des compromis irrationnels[Lesquels ?] ont souvent été imposés pour tenter de sortir de certaines impasses politiques.[réf. nécessaire]

Les reprises d'affrontements après les accords de Taëf


Au sud, le Hezbollah reste sur le pied de guerre en invoquant la
lutte contre Israël, qu'il harcèle par des tirs de mortier. L'armée
israélienne riposte par l'opération Raisins de la colère en 1996, sans résultat, et finit par se retirer unilatéralement du Liban en mai 2000,
en abandonnant ses auxiliaires de l'ALS. Le Hezbollah étend son
autorité à la région libérée et continue les tirs de roquettes contre
Israël, qui riposte à nouveau par une grande offensive en juillet 2006,
causant de nombreux morts et d'importants dégâts aux infrastructures du
Liban. Les forces politiques opposées au Hezbollah lui reprochent
d'entretenir un état d'instabilité préjudiciable à l'ensemble du Liban.

Article détaillé : Conflit israélo-libanais de 2006.
En juillet-août 2007, l'armée libanaise prend d'assaut le camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared, tenu par une milice palestinienne d'inspiration islamiste salafiste, le Fatah al-Islam. C'est une des très rares victoires remportées par l'armée régulière libanaise depuis l'indépendance.

En mai 2008, des affrontements violents (80 morts) opposent la milice
du Hezbollah aux forces gouvernementales et à certaines milices à la
suite de la tentative du Premier ministre Fouad Siniora de reprendre le contrôle de l'aéroport de Beyrouth.

Depuis juillet 2011, le Liban sert de base arrière à certains groupes d'insurgés syriens combattant le régime du président Bachar el-Assad. Des heurts ont opposé les communautés alaouites du nord-est du Liban à des groupes islamistes sunnites favorables aux insurgés.

Ces crises ponctuelles montrent, malgré le relatif succès de la
reconstruction, la fragilité de l'équilibre libanais et sa vulnérabilité
aux crises qui agitent la région.

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Re: Guerre du Liban

Message par commandoair40 le Ven 24 Mai - 12:16

Merci Christian ;

Le LIBAN reste un état Fragile .

Ou est le LIBAN de mon enfance ..........la SUISSE du moyen orient .
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Re: Guerre du Liban

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