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Insurrection albanaise de 2001 en Macédoine

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Insurrection albanaise de 2001 en Macédoine

Message par Invité le Ven 24 Mai - 13:21

Insurrection albanaise de 2001 en Macédoine


Insurection albanaise de 2001 en Macédoine

En orange, les zones de conflit.

Date

Lieu

Issue


janvier 2001-août 2001
République de Macédoine
Casus belliopposition entre Macédoniens et Albanais de Macédoine
Accords d'Ohrid



Belligérants
Macédoine Armée de libération nationale
Commandants
Boris TrajkovskiAli Ahmeti
Ce conflit est une insurrection armée menée par l'Armée de libération nationale (ou UÇK-M), organisation d'origine kosovare, contre le gouvernement de la République de Macédoine. Cette organisation manifestait ainsi la volonté des Albanais de Macédoine
d'accéder à plus d'autonomie et de reconnaissance de la part de l'État.
Il a commencé en janvier 2001, lorsque l'UÇK-M a commencé à attaquer
des policiers et des soldats macédoniens, et s'est achevé en août 2001,
après des accords entre les deux parties. Cependant, des hostilités ont
persisté jusqu'en novembre de la même année. Le conflit a mobilisé des
troupes de l'OTAN, chargées de rétablir l'ordre et de désarmer les insurgés albanais.

Sommaire

  • 1 Contexte
  • 2 Déroulement

    • 2.1 Début de l'insurrection albanaise
    • 2.2 Amplification du mouvement
    • 2.3 Fin du conflit

  • 3 Les accords d'Ohrid
  • 4 Situation de la Macédoine après le conflit
  • 5 Voir aussi

    • 5.1 Liens internes
    • 5.2 Notes et références



Contexte






Carte ethnique de Macédoine représentant en orange les municipalités peuplées majoritairement d'Albanais


Lors de son indépendance vis-à-vis de la Yougoslavie en 1991, la Macédoine s'est qualifiée, par sa Constitution, comme l'État du peuple macédonien1. Or ce peuple, macédonien, ne regroupe pas les Albanais, les Turcs, les Roms...
Ces ethnies, qui totalisaient ensemble plus du quart de la population
du pays, ont été alors présentées comme des « minorités »2.
Les Albanais, ethnie la plus importante (470 000 individus selon le
recensement de 1991), ont alors protesté contre le manque de
reconnaissance et d'estime à leur égard, et ce qui a souvent été
qualifié de « citoyenneté de seconde classe »3.

La langue posait également problème. La Constitution faisait du macédonien
la seule langue officielle et les albanophones avaient donc des
problèmes d'intégration, les étudiants albanais échouaient souvent à
leurs examens à cause de leur niveau insatisfaisant en macédonien4.

Afin de défendre leurs positions, les minorités de Macédoine
fondèrent rapidement chacune des partis politiques, afin d'être
présentes sur la scène nationale. Cependant, cette représentation et les
quotas ethniques officiels ne suffisaient pas à faire évoluer les
statuts.

En 1995, déjà, les Albanais de Macédoine avaient tenté de s'exprimer et de revendiquer des droits. Une université albanaise avait été ouverte à Tetovo,
ville peuplée en majorité d'Albanais. Mais, l'État macédonien, qui
avait toujours interdit les écoles albanaises afin d'éviter les
organisations parallèles, l'avait fermé par la force deux jours plus
tard. Cette fermeture avait entraîné de violentes manifestations dans la
ville, contenues par la force5.

Lors de la guerre du Kosovo, en 1999, la Macédoine accueille malgré elle de nombreux réfugiés albanais, installés par l'ONU
dans des camps. Beaucoup de ces personnes s'installent définitivement
en Macédoine, ce qui pose des problèmes d'intégration et d'accueil6.

Déroulement


Début de l'insurrection albanaise






Patrouille de la police macédonienne à Radoucha, sur la frontière kosovare.


Au début de l'année 2001, les autorités macédoniennes constatent la renaissance sur leur territoire de l'UÇK, organisme extrémiste albanais qui avait auparavant mené la guerre contre les Serbes au Kosovo7. Cette renaissance s'explique rapidement par la présence de nombreux réfugiés kosovars en Macédoine,
parmi lesquels se trouvent des anciens de l'UÇK, interdite dans son
pays d'origine. Des militants de ce qui est rapidement appelé l'UÇK-M
(ou UÇK de Macédoine) agressent alors des policiers et des militaires
dans le nord du pays et volent leurs armes7.

En réplique, le gouvernement macédonien ferme la frontière avec l'Albanie,
afin d'éviter d'éventuelles arrivées d'armes et de combattants.
Cependant, en mars, trois soldats macédoniens sont tués par des insurgés
albanais près de Tetovo. Skopje fait alors appel à l'ONU, qui condamne ceux qu'elle qualifie de « terroristes »7.

Amplification du mouvement






Réservistes macédoniens pendant la bataille d'Aratchinovo en juin 2001.


Les Albanais gagnent toutefois toujours plus de terrain chaque jour
et prennent le contrôle du nord du pays, où la minorité albanaise est
très forte. En mai, l'armée macédonienne bombarde les positions tenues
par les soldats albanais, mais les macédoniens finiront finalement par
se replier à cause de trop nombreuses pertes7.
Les troubles ethniques ont entraîné une crise politique qui conduit à
un gouvernement d'union nationale, incorporant deux Albanais. Un
conseil, formé de deux Macédoniens et de deux Albanais, est convoqué
pour trouver une voie de sortie de crise7. L'ONU ordonne aux combattants armés stationnés à Aratchinovo, village proche de Skopje, de se rendre, puis l'état de guerre est déclaré en Macédoine8.

Afin de remédier à une situation qui ne fait qu'empirer, l'Union européenne
propose aux belligérants un changement de statut des Albanais, qui
deviendraient « seconde nation constitutive » de l'État de Macédoine.
Elle promet également, si le conflit s'arrête, d'amnistier les
combattants. Les deux camps demandent ensuite l'intervention de l'OTAN et 20 000 Albanais fuient le conflit et rejoignent le Kosovo8.

Fin du conflit






Policiers macédoniens à Mateytché en juillet 2001.


Le 5 juillet 2001
est signé un accord de cessez-le-feu entre l'UÇK-M et le gouvernement
macédonien. Cet accord est encadré par l'ONU et l'OTAN et est signé par
Pieter Feith, envoyé spécial de l'Union européenne, Ali Ahmeti, leader albanais, et les chefs de la police et de l'armée macédoniennes8. Cette dernière déploie des hommes à travers les zones rebelles pour collecter les armes. Au même moment les États-Unis proposent l'envoi de 3 000 hommes pour pacifier le pays9. La France et l'Allemagne s'engagent à envoyer des troupes sous l'autorité d'un général anglais9.

L'opération de désarmement des rebelles albanais prend le nom de Moisson indispensable. Son achèvement est reculé par de nouveaux affrontements à Tetovo, durant lesquels une dizaine de personnes trouvent la mort. À la fin du mois de juillet, l'UÇK-M contrôle toute cette ville9.

Les pourparlers, qui avaient lieu à Tetovo, sont déplacés à Ohrid, loin des zones insurgées. Ils aboutissent le 13 août aux accords d'Ohrid,
qui accordent davantage de droits à la minorité albanaise et prévoit la
modification de la Constitution. Les combattants qui n'ont pas à passer
au Tribunal pénal international de La Haye sont amnistiés et l'UÇK-M doit être désarmée9. Les accords sont signés par le VRMO-DPMNE et le SDSM, prinicipaux partis macédoniens, et par le PDA et le PDP, partis albanais10.

Cependant, la paix n'est pas immédiate car l'explosion d'une mine à
Ljuboton conduit les policiers et les militaires macédoniens à lancer
des représailles qui font une vingtaine de morts. En réplique, l'UÇK-M
enlève cinq ouvriers macédoniens à Mavrovo qu'elle fait torturer, ainsi
qu'exécuter10.

Finalement, l'UÇK-M signe un traité de désarmement avec l'OTAN le 15 août et l'OTAN envoie 4 500 soldats (dont 530 Français) collecter les 3 300 armes estimées aux mains des Albanais9. Une fois la Moisson indispensable accomplie, l'Union européenne
décide tout de même de maintenir une présence militaire. Les troupes de
l'OTAN ne quittent la Macédoine qu'en février 2002, après que le
parlement a voté en janvier une loi sur le renforcement des pouvoirs
locaux. Cette loi permet à la Macédoine d'empocher 307 millions d'euros
de la part de la Conférence des donateurs de Bruxelles11.

Les accords d'Ohrid






Ali Ahmeti, le chef des insurgés albanais.


Les accords d'Ohrid ont été signés le 13 août 2001
par deux partis macédoniens et deux partis de la minorité albanaise,
avec un encadrement de l'ONU et de l'OTAN. Ils octroient aux Albanais de Macédoine des droits destinés à améliorer leur condition de minorité9.


  • La langue albanaise devient officielle aux côtés du macédonien dans toutes les municipalités qui sont peuplées d'au moins 20 % d'Albanais.
  • L'usage de l'albanais est autorisé au Parlement.
  • Les effectifs de la police doivent comporter au moins 23 % d'Albanais.
  • La Constitution est amendée pour permettre aux députés albanais de
    s'opposer à toutes les décisions parlementaires concernant leur minorité
    (sans passer par la majorité des suffrages).
  • Les lois doivent être officiellement écrites en macédonien et en albanais.
  • Une université albanaise, l'Université de l'Europe du Sud-Est, est créée à Tetovo, l'État doit la financer en partie9.

Situation de la Macédoine après le conflit






Monument aux soldats macédoniens tués pendant le conflit, inauguré en 2011 à Skopje.


L'insurrection albanaise, en exacerbant les problèmes ethniques du
pays, lui a probablement permis de ne pas imploser quelques années plus
tard. Ainsi, lors des élections législatives de 2002, les partis
politiques nationalistes tels que le VRMO-DPMNE ont été évincés par les partis modérés12. L'événement est cependant trop proche dans le temps pour conclure sur ses effets historiques.

Cependant, les droits octroyés aux Albanais par la Constitution ne sont pas toujours respectés. Par exemple, en 2008, seulement 25 % des élèves albanais ont un enseignement dans leur langue maternelle, alors que tous devraient y avoir accès13.

Cependant, un retour de la violence reste à craindre.

Le 7 novembre 2007, la police macédonienne mène une opération, nommée Opération Tempête de Montagne,
dans le but de démanteler un groupe albanais armé dans les montagnes de
Šar. Dans l'opération, 6 albanais furent tués et 13 autres capturés par
la police macédonienne. Le groupe se nommait lui-même le Conseil politico-militaire de l'Armée de Libération du Kosovo14.

En avril 2010, une cache d'armes a été découverte par les autorités
macédoniennes près de la frontière avec la Serbie. Parmi les armes
saisies se trouvait des insignes de l'UÇK, l'Armée de Libération du
Kosovo. Un homme aurait été tué, et un autre aurait fui vers le Kosovo15.
Le 12 mai, 4 personnes ont été tuées après un échange de tirs avec la
police macédonienne, alors qu'ils conduisaient un fourgon. À l'intérieur
de celui-ci ont été retrouvé des armes, des explosifs, ainsi qu'un
insigne de l'UÇK16.
Les jours suivants, alors que la Macédoine donnait aux autorités
kosovares la liste de 70 personnes soupçonnées d'être liées à des gangs
ethniques criminels Albanais, 4 hommes, un père et ses trois fils,
étaient arrêtés pour possession illégale d'arme. Ceux-ci étaient liés
aux 4 miliciens tués le 12 mai17.

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