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« L’action des pasteurs germanophones à la Légion étrangère (1926-1938)

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« L’action des pasteurs germanophones à la Légion étrangère (1926-1938)

Message par Admin le Mar 5 Jan - 7:24

Aspect très peu connu d'une forme de subversion a la fois des Pasteurs Protestant et des Nazi , cette étude de
Alexis Neviaski ( Officier d’infanterie, il a servi durant neuf ans la Légion étrangère où il a commandé une compagnie. Il a rejoint la division études du Service historique de l’armée de Terre en 2003. Ayant effectué sous la direction du professeur Jacques Frémeaux, une maîtrise sur « les trains blindés du 2e étranger au Sud-Annam de 1948 à 1954 » (article RHA no 234-2004), puis un diplôme d’études approfondies, il a entrepris, toujours sous la direction du professeur Frémeaux, une thèse sur « la Légion étrangère face à l’Allemagne, d’une guerre à l’autre, 1919-1939 ».)

« Tout le monde sait que parmi les dizaines de milliers de soldats de notre Légion étrangère, soixante pour cent du contingent environ sont originaires d’Allemagne. Tout le monde sait ou devrait savoir que les deux tiers sont nés protestants. Ces deux faits suffisent à caractériser le devoir difficile mais impérieux, qui est imposé aux protestants français. » Cette déclaration, en prenant la forme d’un raisonnement se veut logique. Elle explique l’intérêt et l’urgence de la mission protestante auprès des légionnaires allemands.
Toutefois, cette brillante démonstration s’oppose aux principes de la Légion dont la discipline a pour fondement l’égalité devant les règlements et la cohésion par le refus des particularismes. « Tous les légionnaires sont donc égaux. La Légion, qui est désormais ta seconde patrie, ne distingue ni nationalités, ni races, ni religions (…). Aucune question d’ordre politique ou confessionnel ne doit intervenir dans tes relations avec tes camarades, dont tu dois scrupuleusement respecter les croyances et les traditions. »
Ces intérêts divergents exposent la problématique de l’apostolat des pasteurs à la Légion. La mission évangélique agit-elle en toute bonne foi en faisant preuve d’une réelle ignorance de l’institution, ou au contraire, sous le couvert de la religion, l’action des pasteurs auprès des légionnaires allemands poursuit-elle un but subversif au service du Reich ? En effet, durant l’entre-deux-guerres, l’enjeu que représente la Légion pour l’Allemagne est clairement explicité par le chef des Sturmabteilung (SA), Victor Lutze qui écrit à tous ses commandants d’unités, « la colonne vertébrale des possessions coloniales françaises est constituée par la Légion étrangère dans laquelle bien des Allemands ont contribué à contenir les mouvements de révolte des peuples colonisés contre leurs oppresseurs. Si (…) la Légion étrangère était démoralisée et devenait peu sûre en face des ordres qu’elle reçoit des Français (…) le domaine colonial de la France nous appartiendrait un jour »

À l’époque, les pasteurs militaires sont autorisés à exercer un apostolat auprès des légionnaires uniquement sur les théâtres d’opérations, c’est-à-dire au Levant et au Maroc. Pourtant, en 1930, la fédération protestante de France demande au ministre de la Guerre la création d’un poste d’aumônier à la portion centrale du 1er étranger. Alors qu’en Allemagne des campagnes violentes sont menées contre la Légion, le général commandant le XIXe corps d’armée est convaincu du danger de la présence de ce pasteur dont les fidèles seraient presque exclusivement des Allemands. L’intervention du général est suffisamment argumentée pour que le ministre refuse cette création. Cependant, l’aumônerie de l’armée du Rhin congédie le pasteur Monnin que la fédération protestante nomme alors officiellement à Sidi-Bel-Abbès. Bien que rendu à la vie civile et malgré un apostolat qui ne dure que quelques mois, le pasteur rentre rapidement en relation avec de nombreux légionnaires qui lui sont adressés par monsieur Caussy . Qui donc est cet étrange intermédiaire ? « On le donne comme étant de moralité parfaite (…). Il entretient des relations suivies avec de nombreux légionnaires ; des lettres en témoignent. » De fait, monsieur Caussy est le correspondant marseillais de l’Union protestante chrétienne (UPC), œuvre protestante internationale dont un pasteur français, Jules Rambaud, vivant outre-Rhin et marié avec une Allemande, est le secrétaire général. Incontestablement, cette organisation est non seulement rapidement informée de l’arrivée d’un pasteur à Sidi-Bel-Abbès mais aussi en mesure de « l’utiliser ». L’installation du pasteur Monnin a donc été préparée et planifiée. D’ailleurs, lorsqu’il quitte ce poste, le missionnaire prévient son homologue Rambaud qui charge alors le pasteur d’Oran de s’occuper du dépôt de la Légion . De même en 1932, Jules Rambaud se réjouit de l’arrivée d’un nouveau pasteur car « l’œuvre va pouvoir reprendre dans d’où tout légionnaire repart » . Toutes les tentatives antérieures et cette étrange nomination n’ont-elles pas été entreprises à l’instigation de cette organisation ?
Créée dès 1920 en France et en Allemagne, le but de l’Union protestante chrétienne est de rapprocher les protestants français et allemands par des relations personnelles engagées sur une base uniquement religieuse . Cependant, les mentalités de l’immédiat après-guerre ne sont pas prêtes à fraterniser. Face aux difficultés, des résultats tangibles sont indispensables pour permettre à l’association de survivre. L’Union a donc besoin d’un exutoire où Français et Allemands auraient « un effort pratique à tenter » . À partir de 1926, une affiliation, l’œuvre des légionnaires est cet instrument (photo 3). L’action auprès des légionnaires repose sur une correspondance « très active qui doit pourvoir les légionnaires allemands d’écrits de toutes sortes » . Ainsi le pasteur Jules Rambaud et son organisation se constituent progressivement un important registre de noms de légionnaires et d’adresses qui sont actualisées en fonction des mutations. En 1928, l’œuvre serait en relation avec 400 légionnaires, 550 en 1929, en 1930 « une liaison avec 800 légionnaires de nationalité allemande a été établie » . En 1932, Jules Rambaud se dit être « en rapport avec plus de 900 légionnaires » . En 1933, « nous sommes en possession de plus de mille adresses de légionnaires d’origine allemande » . Cette correspondance n’est efficace que si elle est continue dans le temps car le but est bien de « garder contact avec eux et, à leur libération, je les ramène à nos temples et à leur famille » . Aussi devant une telle tâche, malgré l’aide de sa femme qui rédige sa correspondance en langue allemande , l’Agent directeur ne peut pas être le seul à correspondre. Un parrainage est alors organisé avec des associations protestantes. Il s’agit « d’adopter un légionnaire en restant en correspondance continue avec lui » ou tout du moins de se sentir engagé comme un parrain vis-à-vis d’un filleul. Ainsi, de nombreux laïcs et pasteurs dont le théologien Friedrich von Bodelschwing entretiennent une correspondance suivie avec des légionnaires allemands. L’œuvre mène également des actions charitables. Elle envoie des colis de Noël « à ces soldats dont nous connaissons les noms et qui étaient en relation avec nous » .

L’action de l’Union protestante chrétienne trouve son aboutissement dans la proximité avec les légionnaires. Ainsi, l’UPC est en relation avec un nombre important de pasteurs en mission dans les colonies. Certains déploient un zèle remarquable qui est le prolongement de l’action entreprise en Europe. « Je vois encore cet après-midi passé à Essen chez un socialiste religieux, tout bouleversé à l’idée que son frère légionnaire, victime d’un accident de service, avait été visité et soigné comme un fils par le pasteur français de Sousse. Je vois cette pauvre mère de Francfort à qui j’apportais la photographie de la tombe de son fils mort au Maroc et visité par le pasteur Roche de Fez. » À Sidi-bel-Abbès, le pasteur Balfet qui est le successeur de Monnin, fait construire, à côté du temple, un foyer pour les légionnaires protestants. L’action des pasteurs sur place est donc un complément indispensable à celle de la métropole mais elle est encore insuffisante car « les notes que les pasteurs font mettre au rapport ne sont certainement pas remarquées par le plus grand nombre des légionnaires » . Pour être efficace, l’Union protestante chrétienne doit avoir des collaborateurs à l’intérieur même de l’institution. Chrétien très fervent, le correspondant privilégié de Jules Rambaud est le sergent von Schroeter . Détaché comme interprète au tribunal de Meknès de 1928 à 1932, sa stabilité géographique lui permet de mener une action continue auprès de ses camarades allemands. Le légionnaire Pfanschilling est le correspondant personnel du pasteur Rambaud grâce à qui il est retourné à la religion protestante et « passe ce temps de Légion non pas comme une torture (…) mais comme une école de foi » . Outre le renseignement direct qui est fourni aux correspondants de métropole (présence d’individus, adresses, rengagements, renseignements personnels), les protagonistes tentent de se reconnaître et de créer des liens particuliers entre eux. Lorsqu’un membre de cette « petite Église de lansquenets disséminés » apprend qu’un ami a été muté, les noms et les adresses des légionnaires protestants identifiés dans le nouveau poste lui sont communiqués. Ainsi, ce légionnaire se trouve dès son arrivée dans un milieu où le centre reste en définitive l’Union protestante chrétienne.
Répandus dans chaque garnison « ces petits groupes de légionnaires protestants convertis pourraient devenir pour leurs vingt mille camarades protestants (…) de vrais missionnaires » . Cependant, l’impact de l’UPC ne semble pas proportionné à l’investissement consenti puisque « la surveillance a permis de constater que malgré la propagande, les légionnaires ne s’intéressent qu’assez faiblement à l’œuvre des pasteurs » . De fait, les mesures prises par le commandement ne sont pas de nature à favoriser l’expansion puisque « tout légionnaire signalé comme fréquentant assidûment cette œuvre (le foyer) est l’objet d’une mutation dans une garnison intérieure » . Ainsi, Pfanschilling témoigne : « brusquement, comme par un coup de tonnerre dans un ciel serein, il m’arriva la mésaventure d’être envoyé à Colomb Béchar, qui est à peu près le coin le plus désolé où les légionnaires puissent aller. J’étais navré (…). Tout quitter, laisser les amis, nos réunions (…) laisser notre œuvre en plan, ai-je donc travaillé en vain ? » D’ailleurs, en coulisse, l’Agent directeur reconnaît que les résultats obtenus sont insuffisants . Mais cette dernière remarque n’est-elle pas normale pour un pasteur qui se sent investi d’une mission et écrasé par la tâche et les responsabilités ? Toutefois, dans la logique missionnaire de L’œuvre, son impact n’est pas quantifiable seulement par la quantité de légionnaires touchés mais par la ferveur de ces derniers. L’Agent directeur trouve donc sa motivation, dans les quinze cents lettres de légionnaires allemands qu’il dit posséder : « des lettres (…) débordantes toutes de joies reconnaissantes » . Le pasteur Rambaud semble effectivement « le père spirituel des légionnaires allemands » . Au milieu des années 1930, ce dont l’œuvre des légionnaires a désormais besoin pour changer « ce milieu incrédule » , c’est de temps
Le 30 janvier 1933, Hitler devient chancelier. En matière religieuse, il souhaite la « paix » en rassemblant, au sein du parti nazi, les catholiques et les protestants . À l’épreuve du pouvoir, le chancelier conclut rapidement un concordat avec le Vatican mais réalise que « l’homme politique doit apprécier la valeur d’une religion, non point d’après les quelques déficiences qu’elle peut présenter, mais d’après les bienfaits que des compensations nettement supérieures pourraient présenter » . Ainsi, malgré les difficultés, il estime le protestantisme comme un appui solide pour la conservation de l’identité germanique car il « agit donc toujours au mieux des intérêts allemands tant qu’il est question de la moralité de la nation, de son développement intellectuel ou de la défense de l’esprit allemand, de la langue allemande et aussi de la liberté allemande » . Néanmoins, divisés en vingt-huit Églises, les protestants sont difficiles à rassembler. Parmi eux, les nazis les plus véhéments organisent, le « Mouvement des Allemands de Foi chrétienne » dont le chef est un aumônier militaire, le pasteur Ludwig Müller. Ce groupe qui souhaite établir une Église du Reich, s’oppose à « l’Église confessionnelle » dirigée par le pasteur Niemoeller. En juillet 1933, une « Église du Reich » est officiellement reconnue. Ludwig Müller, fortement recommandé par Hitler, est élu évêque. Cependant, la lutte continue et, en mai 1934, lors du synode de Barmen, les partisans de Niemoller se déclarent Église officielle. Redoublant de brutalité, Müller n’intimide pas les pasteurs protestataires qui refusent de capituler . À l’été 1934, ne parvenant pas à intégrer les Églises protestantes, Hitler interdit « jusqu’à nouvel ordre, sans exception toute discussion sur les conflits religieux » . L’année suivante, il place un nazi modéré, le docteur Kerll, comme ministre des Affaires de l’Église. Ce dernier parvient à constituer un conseil de l’Église auquel le groupe de Niemoeller accepte de collaborer avant d’avoir une grande partie de ses membres persécutés.

Quelques indices permettent de dire que l’Union protestante chrétienne choisit vraisemblablement de suivre « l’Église confessionnelle ». En effet, le pasteur et théologien Friedrich von Bodelschwing, impliqué dans l’œuvre des légionnaires, est une des personnalités qui siége au synode de Barmen . De plus, le soutien de l’institut de Béthel, dont il est le directeur, à l’UPC n’ayant pas failli, bien au contraire, il peut ainsi être conclu une communion de pensée et d’action. De ce fait, les activités de l’Union protestante chrétienne sont suspectes et étroitement surveillées. Plus encore, l’attention de l’État sur cette association paraît évidente car il est créé un office ecclésiastique pour les Affaires étrangères. « Le nouvel organisme aura pour tâche de resserrer les liens entre l’Église évangélique du Reich et les protestants allemands qui séjournent à l’étranger ; il devra veiller à développer les relations entre l’Église allemande et les Églises protestantes établies dans les autres pays ; il sera chargé de contrôler et de coordonner l’activité des nombreuses associations privées qui s’étaient déjà consacrées à une mission de ce genre. » Ainsi, la visite d’un haut fonctionnaire de la police hitlérienne au pasteur Rambaud n’est pas étonnante ! Enfin, si l’UPC n’est pas dissoute, la crise religieuse et les changements politiques entraînent, en revanche, une évolution de l’œuvre des légionnaires.
Un mois à peine après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, l’Agent directeur a perdu ses deux principaux collaborateurs au sein de la Légion. Le 2 mars 1932, le légionnaire Pfanschilling est réformé et le 20 février 1933, le sergent von Schroeter part pour l’Indochine. Privé d’indicateurs précieux, les courriers du pasteur Rambaud diminuent considérablement . De plus, la correspondance entre les parrains allemands et les légionnaires est rendue plus difficile car les associations protestantes ont été regroupées au sein d’un mouvement de jeunesse unique : les « Hitlerjüngen ». À partir de 1935, la situation de la branche allemande se dégrade encore. La politique du Reich interdit désormais d’évoquer la Légion. Par conséquent, le pasteur Rambaud ne doit « plus s’intéresser à la Légion étrangère et ne plus la mentionner sous aucun prétexte dans ses publications » . Dans le même temps, l’activité de l’UPC est rendue impossible « par suite de prescriptions allemandes relatives au régime de passeports et à l’exportation des fonds » . Ainsi, le congrès annuel prévu à Marseille en août 1936 est annulé . Le pasteur Rambaud doit donc faire face à une situation délicate. D’une part, l’œuvre est affaiblie aussi bien par le manque de collaborateurs légionnaires que par la défection de la branche allemande. D’autre part, il est lui-même neutralisé et ne peut plus intervenir directement.
L’œuvre des légionnaires repose alors davantage sur les pasteurs coloniaux. Arrivé à Saïda le 4 juillet 1933, l’action du pasteur Finotto qui avait précédemment vécu durant dix ans en Tunisie est particulièrement marquante. En effet, il est troublant de constater la parfaite substitution de ce pasteur à l’Agent directeur et au légionnaire Pfanschilling. Finotto utilise les mêmes procédés techniques, formule des demandes identiques et développe les mêmes thèmes, notamment le lien à maintenir avec la famille. N’ayant plus de correspondant au sein de la Légion, ce pasteur tente de pénétrer l’institution. Il demande, sans succès, « l’autorisation de visiter une à deux fois par an les légionnaires de confession protestante dans les salles de lecture ou foyers du légionnaire des garnisons du sud-oranais » . Ainsi, comme à Bel-Abbès, l’action du missionnaire de Saïda se fait donc à l’extérieur du quartier. De plus, entreprenant « des séries de conférences en Afrique du Nord et en particulier aux légionnaires » , il obtient des adresses et des renseignements qu’il transmet au centre protestant de Béthel où il se rend même . Les vicaires du théologien poursuivent l’œuvre du pasteur Rambaud qui connaît grâce à eux un renouveau puisque « les nouvelles apportées d’Allemagne sont favorables à l’avenir de l’œuvre ; la branche allemande manifeste un renouveau d’activité, et un zèle remarquable pour soutenir pécuniairement l’œuvre » . Ce changement de coordinateur fait-il évoluer le message délivré aux légionnaires ?
Depuis le début du XXe siècle, les expulsions de plusieurs missionnaires évangéliques ont engendré une méfiance des chefs militaires . En outre, dès que les autorités civiles ont connaissance de l’œuvre des légionnaires, les activités de cette association leur paraissent de nature à constituer une menace potentielle qui nécessite « que le Ministre de la Guerre eût connaissance de cette œuvre allemande » . Aussi, est-elle suivie du point de vue national par les postes dépendant du 2e bureau (SCR) . En effet, les actions de recensement et de collecte d’informations de L’œuvre représente effectivement une menace pour les légionnaires. « En admettant donc que le pasteur Rambaud ne soit pas de connivence avec la police, ce qui est encore à démontrer, il est à craindre que sa correspondance soit censurée et que les renseignements précieux qu’elle contient soient connus des autorités allemandes. »

La menace qui pèse individuellement sur les légionnaires constitue un risque évident pour l’institution, mais le véritable péril pour la Légion, c’est la « démoralisation collective ». Elle est facilitée par la création d’un réseau confessionnel qui peut être utilisé à d’autres fins. En effet, si la correspondance des protestants français et du pasteur Rambaud n’est pas douteuse, en revanche « les Allemands qui lui prêtent leur concours ne partagent pas la plupart du temps, ses bonnes intentions et sont animés d’un tout autre esprit » . Aussi, le légionnaire Jescheniak de la compagnie hors rang du 1er étranger écrit à ses parents un article sur le jubilé de la Légion. Le pasteur Sallet, demeurant en Prusse orientale, transmet au journal de Johannisbourg cette correspondance et propose que la rétribution soit donnée à l’auteur par l’intermédiaire du pasteur Rambaud ! De même, certaines lettres de parrains allemands laissent transparaître un message équivoque comme celui de monsieur von Lotze qui déclare que son parrainage lui donne « un aperçu éloquent de ce qui se passe à la Légion, et ceci est pour nous le meilleur moyen d’avertissement contre toute velléité d’entrer à la Légion, beaucoup mieux que ne le feraient toutes les conférences ou tous les écrits dirigés contre la Légion »
Le contrôle postal permet de suivre l’évolution du message délivré aux légionnaires. À partir de 1933, un changement de ton est perceptible dans les lettres. Ces dernières comportent alors davantage d’avertissements, de recommandations ou des demandes troublantes comme des photos de camps et de colonnes . Cependant, la correspondance prend une orientation beaucoup plus subversive avec les pasteurs de Béthel. Certes, les ecclésiastiques cherchent toujours à identifier les individus et à obtenir des renseignements mais, la véritable nouveauté réside dans le fait qu’ils tentent de connaître le passé, les impressions actuelles et les projets des légionnaires. « Nous voudrions avoir plus de détails sur votre vie. Quand êtes vous entré à la Légion ? Combien de temps vous reste-t-il encore à faire ? Êtes-vous en relation avec vos parents et pouvez-vous, à l’expiration de votre contrat, retourner en Allemagne ? » De plus, ils entretiennent les sentiments déprimants selon lesquels, coupé de ses racines, « le souvenir du pays natal est absolument indispensable » ; et qu’ayant déjà fauté une première fois en s’engageant, le légionnaire est incapable de quitter l’institution où il est retenu prisonnier. « Je suis heureux d’apprendre que vous espérez rentrer bientôt chez vous. Je crois pouvoir déduire de votre lettre que vous êtes animé de meilleures intentions pour l’avenir. Mais combien de fois ai-je pu constater que ces intentions, dès qu’on a pu surmonter les premiers obstacles, arrivent à se modifier. Aussi, vous demanderai-je de prier Dieu pour qu’il vous donne la force d’une volonté inébranlable. » Enfin, l’organisation évangélique de Béthel attise l’orgueil germanique par « son action anti-française, plus particulièrement auprès des légionnaires ex-autrichiens, en leur adressant un manifeste du Conseil supérieur des Églises évangéliques de Vienne aux fidèles de l’Église réformée d’Autriche. Ce conseil se félicite du résultat de l’Anschluss » . La correspondance des pasteurs de Béthel n’est donc pas neutre. D’ailleurs, ils joignent, à leurs colis et lettres, des journaux dont le Glaube uns Tat qui contient « nombre d’articles ayant pour but d’exalter le patriotisme et l’administration du régime nazi » . De fait, « si la résistance de l’aile Niemoeller de l’Eglise n’était pas brisée, elle avait sans doute été obligée de plier. Ainsi que la majorité des pasteurs protestants, ces hommes, comme à peu près tout le monde en Allemagne, se soumettaient devant la terreur nazie »

Les quelques légionnaires qui fréquentent le foyer protestant de Sidi-Bel-Abbès manifestent de plus en plus nettement leurs sentiments anti-français et anti-légionnaires si bien que le chef de corps est amené à prendre des sanctions disciplinaires sévères . Éclairé par cet épisode, le pasteur Balfet perçoit les changements d’orientation de la branche allemande et, à partir de 1936, il « cesse ses relations avec ses collègues d’origine étrangère » . Il n’en est pas de même pour le pasteur Finotto dont les demandes de renseignements dépassent toujours le cadre confessionnel . Mais en plus, il presse clairement les légionnaires de rentrer en Allemagne. « Ne serait-il pas préférable de purger une peine de quelques mois de prison en Allemagne, puis de rester auprès de votre chère mère au lieu de vivre une existence triste et pénible dans un pays étranger ? » Trois semaines plus tard, ce même légionnaire reçoit une lettre de sa mère qui vient « de recevoir ce matin une lettre de monsieur Finotto, ainsi que la tienne, qui y était jointe, et je m’empresse de te répondre sans retard. Ta lettre date de quinze jours (…). Ils ne te laisseront sûrement pas aller en France, donc reviens le plus vite possible en Allemagne. Ici personne ne te connaît et quand la peine que tu as bien méritée sera purgée, tu trouveras aussi du travail ici » . Le pasteur Finotto mène d’autres actions probablement encore plus dangereuses pour la Légion. Ainsi, il propose au légionnaire Steenman de venir à Saïda où « nous aurions à causer de choses qu’on ne peut pas écrire dans une lettre » . En effet, le pasteur Finotto invite les légionnaires germanophones à son domicile pour, sous couvert de détentes spirituelles, parler du pays natal . Or durant ces rassemblements, « les légionnaires (…) sont surpris de voir aux murs de la salle de réunion des cartes routières de l’Algérie, de Tunisie et du Maroc. Ils sont surpris d’entendre les habitués de ces réunions se répandre en récriminations sur leur vie à la Légion et ils affirment que le pasteur Finotto ne fait rien pour ramener ces découragés au sentiment du devoir » . L’activité confessionnelle telle que l’exerce le pasteur Finotto, c’est-à-dire de « repérage, regroupement et regermanisation des légionnaires allemands quand ce n’est pas l’organisation de désertion et la propagande anti-rengagement » est incontestablement dangereuse pour les individus et préjudiciable à l’institution. Aussi, le 8 juillet 1938, le pasteur Finotto est expulsé d’Algérie Ce départ porte atteinte à l’activité des pasteurs de Béthel qui, privés d’agent de terrain, collaborent alors davantage avec les agents consulaires.

source : Alexis Neviaski, « L’action des pasteurs germanophones à la Légion étrangère (1926-1938) » Revue historique des armées, 245 | 2006.
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Re: « L’action des pasteurs germanophones à la Légion étrangère (1926-1938)

Message par Invité le Mar 5 Jan - 8:05

Long à lire mais très intéressant, merci Daniel.

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Re: « L’action des pasteurs germanophones à la Légion étrangère (1926-1938)

Message par Admin le Mar 5 Jan - 8:08

boucle_dor a écrit:Long à lire mais très intéressant, merci Daniel.

oui désolé c'est une thèse mais sur un sujet méconnu comme quoi la subversion n'a pas de frontières
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Re: « L’action des pasteurs germanophones à la Légion étrangère (1926-1938)

Message par Invité le Mar 5 Jan - 8:13

Je disais que c'est long, mais très intéressant, çà en vaut la peine.

C'était proche de la CIA avant l'heure. Ou le ver dans la pomme.

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Re: « L’action des pasteurs germanophones à la Légion étrangère (1926-1938)

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